Les Dalton, un gang de la mafia turque au service du Kremlin ?
Des membres du gang turc des Dalton sont accusés d’avoir fomenté le sabotage, sur le sol polonais, d’une antenne Starlink, un système essentiel à la défense ukrainienne. La presse turque se penche sur cette hypothèse, et met en lumière le profil singulier de l’organisation criminelle mise en cause..
Le 23 septembre 2026, une station de communication Starlink située à 50 kilomètres au sud de Varsovie, en Pologne, a été la cible d’un incendie qualifié de sabotage par les autorités locales. Starlink est un système de communication par satellite développé par le milliardaire américain Elon Musk, permettant un accès direct à Internet via une constellation de satellites. Ce système est essentiel pour la coordination des opérations militaires de l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie, car il offre une connexion stable et sécurisée même dans des zones de conflit. L’incendie a donc immédiatement attiré l’attention des services de renseignement polonais et internationaux, qui y voient une tentative d’affaiblir les capacités de défense ukrainiennes.
Le 12 octobre 2026, deux ressortissants turcs résidant en Allemagne ont été interpellés par les autorités allemandes en lien avec ce sabotage. Selon le magazine allemand Der Spiegel, ces individus seraient liés au gang turc des Dalton, une organisation criminelle originaire de Turquie. Leur arrestation a eu lieu en compagnie d’autres personnes soupçonnées d’avoir joué un rôle logistique dans l’opération. Les suspects ont été présentés à un juge au tribunal de Nürtingen, en Allemagne, le 13 octobre 2026, et escortés par la police lors de leur transfert.
Le gang des Dalton est une organisation criminelle turque relativement récente, mais qui s’est rapidement imposée comme un acteur majeur dans le milieu de la mafia en Europe. Selon les enquêteurs allemands cités par Der Spiegel, les Dalton auraient reçu une commande directe pour ce sabotage des services secrets russes, le KGB (renommé en 1991, mais souvent utilisé comme référence pour les services de renseignement russes). Leur chef, Beratcan Gökdemir, a été arrêté en Russie en 2024, mais bénéficierait d’une protection des autorités russes, ce qui suggère des liens étroits entre ce gang et le Kremlin. Cette hypothèse soulève des questions sur l’utilisation de groupes criminels par des États pour mener des opérations clandestines.
Les Dalton sont décrits comme un groupe criminel spécialisé dans des activités illégales variées, notamment le trafic de drogue, les extorsions et les sabotages ciblés. Leur implication dans ce sabotage en Pologne s’inscrit dans une stratégie plus large, où des organisations criminelles pourraient être utilisées comme intermédiaires par des États pour mener des actions discrètes ou déniables. Leur chef, Beratcan Gökdemir, arrêté en Russie en 2024, illustre cette connexion entre le crime organisé et les services de renseignement. Les autorités allemandes et polonaises étudient actuellement les liens logistiques et financiers entre les Dalton et d’autres acteurs impliqués dans cette affaire.
Cette affaire survient dans un contexte de tensions géopolitiques accrues entre la Russie et l’Ukraine, ainsi qu’entre la Russie et les pays occidentaux. Starlink, en tant que système critique pour les communications militaires ukrainiennes, représente une cible stratégique pour toute tentative de déstabilisation. L’implication présumée de services secrets russes, via un gang criminel turc, montre une méthode d’action indirecte, où des acteurs non étatiques servent de couverture pour des opérations attribuables à un État. Cette stratégie permet aux États de nier toute responsabilité directe, tout en atteignant leurs objectifs stratégiques.
Les autorités polonaises, allemandes et ukrainiennes mènent une enquête conjointe pour établir les responsabilités et les liens entre les suspects interpellés et les commanditaires de l’opération. Les investigations portent notamment sur les réseaux logistiques utilisés par les Dalton, ainsi que sur les flux financiers associés à ce sabotage. Cette affaire met en lumière les défis posés par l’utilisation de groupes criminels comme outils de guerre hybride, où la frontière entre criminalité organisée et actions étatiques devient de plus en plus floue. Les résultats de l’enquête pourraient avoir des répercussions sur les relations diplomatiques entre la Turquie, l’Allemagne, la Pologne et la Russie.

