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Géopolitique

En s’emparant du détroit de Bab El-Mandeb, les houthistes font les affaires de Téhéran

Courrier International · mis à jour il y a 8 j

En deux jours, les rebelles islamistes se sont emparés d’une grande partie de la côte yéménite bordant le détroit de Bab El-Mandeb, leur assurant le contrôle de ce passage stratégique. Une série de succès militaires saluée par les Gardiens de la révolution iraniens, alliés des houthistes, et qui interroge la solidité de l’alliance américano-saoudienne..

Prise stratégique du détroit

Les rebelles houthistes, un groupe armé islamiste yéménite, ont pris le contrôle de la ville côtière de Moka et de l’île de Mayoun (Perim) en deux jours, les 10 et 11 septembre 2026. Ces territoires bordent le détroit de Bab El-Mandeb, un passage maritime étroit reliant la mer Rouge au golfe d’Aden. Ce détroit est l’un des goulets d’étranglement les plus importants du commerce mondial, car environ 12 % du trafic maritime mondial y transite, dont des navires transportant du pétrole et des marchandises entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Le contrôle de cette zone permet aux houthistes de bloquer ou de taxer les navires, ce qui en fait un levier géopolitique majeur dans la région.

Renforcement de l’alliance Houthis-Iran

Cette victoire militaire des houthistes est saluée par les Gardiens de la révolution iraniens, une force paramilitaire clé en Iran, qui les soutiennent depuis des années. Les deux groupes partagent une idéologie anti-occidentale et anti-saoudienne, et l’Iran fournit aux houthistes armes, financements et conseils stratégiques. Pour Téhéran, le contrôle du détroit de Bab El-Mandeb par ses alliés yéménites renforce son influence dans le sud de la péninsule arabique et lui permet de menacer les intérêts saoudiens et américains dans la région. Cette alliance est souvent appelée l’axe de la résistance, un terme désignant les groupes soutenus par l’Iran pour contrer l’influence occidentale et israélienne au Moyen-Orient.

Conséquences humanitaires immédiates

L’offensive des houthistes a provoqué le déplacement de près de 46 000 civils yéménites, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Ces populations fuient les combats et les risques de blocus maritime, qui pourraient aggraver la crise humanitaire au Yémen, déjà l’un des pays les plus pauvres du monde. La prise de Moka, un port historique, aggrave également les difficultés d’approvisionnement en nourriture et en médicaments pour les habitants de la région, déjà touchés par des années de guerre civile et de bombardements saoudiens.

Affaiblissement des alliances régionales

Cette avancée des houthistes interroge la solidité de l’alliance entre les États-Unis et l’Arabie saoudite, deux puissances qui soutiennent le gouvernement yéménite reconnu internationalement. Les États-Unis, qui ont mené des frappes aériennes contre les houthistes par le passé, et l’Arabie saoudite, engagée dans une guerre coûteuse au Yémen depuis 2015, voient leur position affaiblie. Les houthistes, malgré des années de conflits et de bombardements, démontrent une résilience inattendue, ce qui met en lumière les limites des stratégies militaires traditionnelles face à des groupes armés soutenus par des puissances étrangères comme l’Iran.

Ce que ça pourrait changer

Le détroit de Bab El-Mandeb est un point de passage critique pour le commerce international, car il relie deux mers stratégiques : la mer Rouge et le golfe d’Aden. Environ 12 % du trafic maritime mondial, dont des pétroliers et des porte-conteneurs, y transitent chaque jour. Une perturbation prolongée de ce passage pourrait entraîner une hausse des prix du pétrole et des marchandises, ainsi que des retards dans les livraisons mondiales. Les houthistes, en contrôlant ce détroit, pourraient donc influencer l’économie mondiale, notamment en imposant des taxes ou en bloquant des navires, comme ils l’ont déjà fait par le passé.

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