Trois partis dans le même panier, et deux autres qui brassent la cage
On connaît mieux les cinq chefs, mais nos panélistes continuent leur magasinage électoral..
Les débats de la campagne électorale québécoise de 2024 ont permis de clarifier les positions des cinq principaux chefs de parti en lice pour devenir premier ministre. Christine Fréchette (Parti libéral du Québec, PLQ) est présentée comme incarnant la stabilité, s’éloignant de l’image de François Legault, premier ministre sortant et chef de la Coalition avenir Québec (CAQ). Charles Milliard (PLQ) cherche à séduire les fédéralistes et les électeurs indécis souhaitant du changement. Ruba Ghazal (Québec solidaire, QS) défend l’idée que l’État doit protéger la population, notamment face aux crises sociales et économiques. Paul St-Pierre Plamondon (Parti québécois, PQ) oppose une alternative au gouvernement sortant en posant la question : « Est-ce qu’on veut 12 ans de CAQ ou du changement ? ». Éric Duhaime (Parti conservateur du Québec, PCQ) propose une rupture avec le modèle québécois actuel, prônant une réduction de l’État et une souveraineté énergétique pour le Québec.
Le Club des électeurs du journal Le Devoir regroupe la Coalition avenir Québec (CAQ), le Parti québécois (PQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ) dans une même catégorie, celle des partis « du milieu » ou « classiques ». Ces trois formations, bien que partageant des visions opposées sur le plan constitutionnel (indépendance ou non du Québec), sont perçues comme similaires sur plusieurs aspects : elles défendent des politiques modérées, privilégient la continuité et s’appuient sur des structures traditionnelles. Leur principal point commun réside dans leur approche pragmatique, souvent critiquée pour son manque d’audace face aux crises actuelles. Le PLQ, par exemple, est dirigé par Christine Fréchette, qui met en avant sa capacité à incarner la stabilité après des années de gouvernance caquiste.
Le Parti conservateur du Québec (PCQ) et Québec solidaire (QS) se distinguent des trois partis classiques par leur idéalisme et leur volonté de « brasser la cage », c’est-à-dire de proposer des changements radicaux. Le PCQ, dirigé par Éric Duhaime, a obtenu près de 13 % des voix (soit 530 786 votes) aux élections de 2022, un score qui, selon certains électeurs comme Marjolaine Cloutier, justifierait sa présence à l’Assemblée nationale. Duhaime mise sur la réduction de l’État et la souveraineté énergétique, bien que ses propositions soient jugées peu cohérentes avec les crises contemporaines, comme l’intelligence artificielle (IA). QS, représenté par Ruba Ghazal, défend des mesures concrètes comme la création d’épiceries publiques pour lutter contre la hausse du coût de la vie. Ces deux partis attirent les électeurs en quête d’alternatives au système politique actuel.
Malgré les débats, la majorité des membres du Club des électeurs du Devoir restent indécis à l’approche du scrutin. Certains électeurs savent déjà pour qui ils ne voteront pas, tandis que d’autres envisagent le vote stratégique pour bloquer l’un des partis dominants. Peu d’électeurs expriment un enthousiasme marqué pour leur choix. Cette situation reflète un cynisme croissant envers la politique traditionnelle, alimenté par des scandales comme celui du Système d’information des finances et de l’approvisionnement (SIFA), dont le dépassement de coût rappelle des échecs similaires (comme SAAQclic). Ce projet, confié à l’entreprise IBM, a mis en lumière des dysfonctionnements dans la gestion publique, renforçant l’idée que les partis classiques ne proposent pas de solutions innovantes.
Plusieurs panélistes, comme Marjolaine Cloutier et Louis-Philippe Durbet, soulignent la nécessité de réformer le mode de scrutin québécois. Ce système, actuellement majoritaire uninominal à un tour, favorise les grands partis et minore la représentation des formations plus petites, même lorsque celles-ci obtiennent un score significatif (comme le PCQ en 2022). Une réforme permettrait de mieux refléter la diversité de l’électorat et de donner une voix aux électeurs qui se sentent ignorés par les partis traditionnels. Cette question est d’autant plus pertinente que les Québécois semblent réticents à élire un gouvernement majoritaire, préférant des coalitions ou des gouvernements minoritaires.
Les débats ont mis en lumière des enjeux comme l’intelligence artificielle (IA), la crise sociale, l’itinérance et la productivité économique. Sur l’IA, Éric Duhaime a été critiqué pour son manque de leadership, promettant de suivre les géants du secteur sans proposer de cadre réglementaire fort. Ruba Ghazal a proposé des solutions concrètes, comme des épiceries publiques, pour répondre à la hausse du coût de la vie. Mahjoub El Hamakani, gestionnaire retraité, a salué l’ouverture des partis sur la question de l’itinérance, un sujet souvent traité de manière conflictuelle. Diaka Camara, gestionnaire en technologies de l’information, a souligné l’importance de construire un Québec performant dans des domaines comme la démographie, l’énergie et la cohésion sociale, indépendamment de la question nationale.
Les profils des électeurs interrogés révèlent des préoccupations variées. Jocelyn Brousseau, travailleur humanitaire, s’inquiète des *dépassements de coûts* dans les projets publics, comme le SIFA, et critique les promesses de réduction des effectifs de la fonction publique. Diaka Camara, mère de famille, s’interroge sur la construction d’un Québec performant, en dehors des clivages politiques traditionnels. Marjolaine Cloutier, conseillère stratégique, a participé à une manifestation pour le *milieu communautaire* à Trois-Rivières, où près de 6 000 personnes ont réclamé de meilleures conditions de travail et des moyens financiers accrus. Alicia Despins, doctorante, reconnaît la légitimité du PCQ à jouer un rôle de *balance du pouvoir*, tandis que Lylliane Le Quellec, ingénieure, insiste sur l’importance des *députés locaux* pour résoudre des problèmes concrets, comme la pollution agricole.

