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Environnement

« On a mis des glaçons pour éviter la détérioration du corps » : avec la canicule, les places manquent dans les funérariums

Reporterre · mis à jour 7 juil.

Une hausse de 30 % de la mortalité en une semaine : c'est le bilan provisoire de la canicule survenue fin juin. Entre l'augmentation des risques d' AVC et l'aggravation des maladies chroniques, il pourrait encore s'alourdir dans les prochaines semaines.

Canicule et surmortalité

En France, lors des épisodes de canicule comme celui de l'été 2022, les températures extrêmes ont entraîné une surmortalité significative. Ce terme désigne une augmentation inhabituelle du nombre de décès par rapport à une période normale. Selon les données disponibles, la canicule de 2022 a provoqué une hausse de la mortalité de 11 000 décès supplémentaires en deux mois, principalement chez les personnes âgées ou vulnérables. Ces chiffres proviennent des estimations de l'INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques), qui recense les décès en France. La chaleur intense aggrave souvent des problèmes de santé préexistants, comme les maladies cardiovasculaires ou respiratoires, ce qui explique en partie cette surmortalité. Les régions les plus touchées étaient celles où les températures avaient dépassé 40°C, notamment dans le sud et l'ouest du pays.

Funérariums sous pression

Face à l'afflux de décès, les funérariums (établissements chargés de la conservation et de la préparation des corps avant les obsèques) ont été saturés. En temps normal, ces structures disposent d'une capacité limitée pour stocker les corps dans des chambres froides, appelées chambres réfrigérées ou morgues. Cependant, lors des canicules, le nombre de décès dépasse souvent cette capacité, ce qui oblige les professionnels à trouver des solutions temporaires. Certains funérariums ont dû recourir à des glacières mobiles ou à des locations de chambres froides supplémentaires pour éviter la détérioration des corps. Cette situation a mis en lumière les limites des infrastructures funéraires en France, où le réseau n'est pas toujours adapté aux crises sanitaires ou climatiques.

Solutions d'urgence

Pour pallier le manque de places, les professionnels du secteur funéraire ont mis en place plusieurs mesures d'urgence. Parmi elles, l'utilisation de glacières mobiles (des conteneurs réfrigérés transportables) a permis de stocker temporairement les corps en attendant leur prise en charge. Certaines entreprises ont également loué des chambres froides supplémentaires auprès d'autres funérariums ou de prestataires spécialisés. Dans certains cas, les corps ont été transférés vers des crématoriums ou des cimetières pour y être conservés dans l'attente des obsèques. Ces solutions, bien que nécessaires, soulèvent des questions sur la préparation des infrastructures funéraires aux crises sanitaires ou climatiques, ainsi que sur leur financement et leur organisation.

Bilan incomplet

Le bilan complet de la surmortalité liée à la canicule reste difficile à établir en raison de plusieurs facteurs. D'abord, les données de mortalité mettent souvent plusieurs semaines, voire des mois, à être consolidées par les autorités sanitaires. Ensuite, certains décès peuvent être sous-estimés ou mal attribués, notamment lorsque la chaleur aggrave une maladie préexistante sans être identifiée comme cause directe. Enfin, les chiffres officiels ne reflètent pas toujours la réalité des territoires, car les disparités régionales sont importantes. Par exemple, certaines communes ont enregistré une hausse de 30% des décès par rapport à la normale, tandis que d'autres ont été moins touchées. Ce manque de précision rend difficile l'évaluation précise de l'impact réel des canicules sur la mortalité en France.

Rôle des acteurs

Plusieurs acteurs interviennent pour gérer les conséquences des canicules sur les funérariums. Les mairies sont responsables de l'organisation des obsèques et peuvent être amenées à louer des espaces supplémentaires pour les corps. Les entreprises funéraires (comme les pompes funèbres) gèrent directement la conservation des corps et doivent s'adapter aux contraintes logistiques. Enfin, l'État et les ARS (Agences régionales de santé) jouent un rôle de coordination en cas de crise, notamment pour alerter sur les risques sanitaires liés à la chaleur. Cependant, leur intervention reste limitée par les moyens disponibles et les délais de réaction, ce qui peut retarder la mise en place de solutions adaptées.

Ce que ça pourrait changer

Les épisodes de canicule risquent de devenir plus fréquents et plus intenses en raison du **changement climatique**, ce qui pose un défi majeur pour les infrastructures funéraires. Les professionnels du secteur appellent à une meilleure préparation, notamment en augmentant les capacités de stockage des chambres froides ou en développant des solutions de stockage temporaire plus flexibles. Certains suggèrent également d'investir dans des **morgues mobiles** ou des partenariats avec d'autres secteurs (comme les hôpitaux ou les abattoirs) pour mutualiser les ressources. Cependant, ces mesures nécessitent des financements importants et une coordination renforcée entre les acteurs locaux et nationaux, ce qui n'est pas toujours garanti.

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