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Géopolitique

Crise du logement en Espagne : “Un ras-le-bol qui vient de loin”

Courrier International · mis à jour 28 sept.

Vivant depuis 1956 dans son appartement madrilène, Maricarmen Abascal, 87 ans, en a été délogée le 23 septembre, déclenchant un mouvement de protestation qui dépasse désormais largement son cas. Une pression, espère “El País” dans un éditorial, qui poussera les pouvoirs publics à enfin entreprendre des réformes..

Une expulsion symbolique

Le 23 septembre 2026, Maricarmen Abascal, une femme de 87 ans vivant à Madrid depuis 1956, a été expulsée de son appartement par décision de justice. Cette scène, où elle est représentée allongée sur une civière entourée de policiers antiémeute, a marqué un tournant dans la crise du logement en Espagne. L’image a immédiatement rappelé les expulsions massives de la crise financière de 2008, lorsque des milliers de familles espagnoles, incapables de rembourser leurs crédits immobiliers, avaient été contraintes de quitter leur logement. Cette expulsion n’est pas isolée : elle illustre une crise bien plus large, touchant toutes les tranches d’âge et les classes sociales, y compris une classe moyenne de plus en plus exclue d’un marché immobilier devenu inaccessible malgré une économie espagnole présentée comme performante en Europe.

Un marché immobilier tendu

La principale cause de cette crise est un déséquilibre structurel entre l’offre et la demande de logements. Selon la Banque d’Espagne, il manquait déjà 750 000 logements en 2026, et ce chiffre devrait atteindre un million d’ici 2028. Ce déficit chronique a provoqué une flambée des prix de l’immobilier, rendant l’accès au logement de plus en plus difficile pour une grande partie de la population. Par exemple, le revenu disponible des ménages espagnols a été multiplié par 1,8 depuis les années 1980, mais cette hausse n’a pas suivi celle des prix de l’immobilier. Résultat : les loyers et les prix d’achat sont devenus prohibitifs, même pour des ménages aux revenus stables, et le marché est désormais hors de portée pour de nombreux Espagnols.

Des réactions en chaîne

L’expulsion de Maricarmen Abascal a déclenché un mouvement de protestation massif, bien au-delà de son cas personnel. Les manifestations qui ont suivi reflètent un ras-le-bol généralisé, partagé par des millions d’Espagnols. Ce mécontentement s’inscrit dans une dynamique de longue haleine, alimentée par des années de politiques publiques jugées insuffisantes ou inefficaces. Les pouvoirs publics, souvent perçus comme déconnectés de la réalité sociale, peinent à proposer des solutions concrètes. Pourtant, la pression populaire pourrait forcer les autorités à agir, comme le suggère un éditorial du quotidien El País, qui espère que cette crise sociale poussera enfin à des réformes structurelles du marché immobilier espagnol.

Contexte historique et économique

L’Espagne a connu une croissance économique remarquable depuis les années 1980, passant d’une dictature franquiste à une démocratie stable et intégrée à l’Union européenne. Pourtant, cette prospérité n’a pas bénéficié à tous de manière équitable. Le marché immobilier, en particulier, est devenu un symbole des inégalités croissantes. Les prix ont explosé, tandis que les salaires n’ont pas suivi le même rythme. Cette situation est d’autant plus paradoxale que l’Espagne est souvent citée comme un exemple de réussite économique en Europe. La crise du logement révèle ainsi les limites d’un modèle de croissance qui n’a pas su garantir l’accès à un logement décent pour tous ses citoyens.

Ce que ça pourrait changer

Le quotidien *El País*, l’un des principaux journaux espagnols de centre gauche, joue un rôle clé dans la couverture de cette crise. Fondé en 1976, peu après la mort de Franco, il est devenu un acteur majeur du débat public en Espagne. Dans son éditorial du 27 septembre 2026, le journal souligne l’urgence d’agir face à cette crise sociale, tout en pointant du doigt l’inertie des pouvoirs publics. La publication d’images choc, comme celle de Maricarmen Abascal, a contribué à amplifier la mobilisation citoyenne. Ces images, relayées par les réseaux sociaux et les médias, ont cristallisé l’indignation et poussé des milliers de personnes à descendre dans la rue pour exiger des changements.

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