La souveraineté du Brésil n’appartient ni à Lula ni aux Bolsonaro
Dans la campagne électorale précédant le scrutin du 4 octobre au Brésil, l’impérialisme trumpiste, “conjugué à la vassalisation bolsonariste”, a donné au président sortant l’occasion de jouer la carte de la défense de la patrie face aux États-Unis. Une manœuvre qui efface les véritables préoccupations des citoyens, s’inquiétait, dès cet été, cet éditorial du quotidien conservateur “Estadão”..
Lors de la campagne électorale brésilienne de 2026, la notion de souveraineté est devenue un thème central, utilisée par le président sortant Lula et ses opposants, notamment le clan Bolsonaro et Donald Trump. La souveraineté désigne ici l’autonomie d’un État à décider librement de ses lois, de sa politique économique et de ses relations internationales, sans ingérence extérieure. Le quotidien brésilien O Estado de São Paulo (surnommé Estadão), conservateur, souligne que cette focalisation sur la souveraineté masque les préoccupations réelles des citoyens, jugées plus urgentes que les tensions géopolitiques. Le terme, autrefois mobilisateur pour Lula, est aujourd’hui instrumentalisé par les différents camps politiques pour servir leurs intérêts électoraux.
Lula, président sortant du Brésil et membre du Parti des travailleurs (PT, gauche), utilise la rhétorique de la souveraineté pour contrer les pressions de Donald Trump, alors candidat à la réélection aux États-Unis. Trump a multiplié les actions perçues comme des atteintes à la souveraineté brésilienne, comme le classement des bandes criminelles brésiliennes comme organisations terroristes, une décision critiquée par le PT car elle pourrait ouvrir la voie à des interventions américaines au Brésil. Une autre tension concerne les menaces de Washington d’imposer de nouvelles barrières douanières à des produits brésiliens, notamment contre le système Pix, un outil public de paiement électronique très populaire au Brésil, qui concurrence les acteurs financiers américains.
Le clan Bolsonaro, dirigé par Flávio Bolsonaro (fils de l’ancien président Jair Bolsonaro), a tenté de s’allier avec Trump pour affaiblir Lula. Leur stratégie consistait à pousser les États-Unis à prendre des mesures hostiles au Brésil, espérant que cela nuirait à la popularité de Lula. Cependant, selon Estadão, ces manœuvres sont jugées inefficaces et risquent de se retourner contre leurs auteurs. La famille Bolsonaro est perçue comme ayant une vision vassalisation du Brésil, c’est-à-dire une soumission aux intérêts américains, ce qui contraste avec la posture de Lula, qui se présente comme le défenseur de l’indépendance nationale.
Le système Pix est au cœur des tensions entre le Brésil et les États-Unis. Lancé en 2020 par la Banque centrale brésilienne, ce système de paiement instantané et gratuit est devenu un outil quotidien pour des millions de Brésiliens, toutes tendances politiques confondues. Il est apprécié pour sa simplicité et son accessibilité, mais il dérange les grands groupes américains de paiement bancaire, comme Visa ou Mastercard, qui perdent des parts de marché. Les États-Unis ont menacé d’imposer des barrières douanières à des produits brésiliens en représailles, une décision perçue comme une attaque contre la souveraineté économique du Brésil.
Le quotidien Estadão critique le bilan de Lula, estimant que sa stratégie de défense de la souveraineté est une manœuvre pour détourner l’attention de ses résultats jugés médiocres. Malgré son retour au pouvoir en 2023, Lula fait face à des défis majeurs, comme la gestion de la criminalité, la stabilité économique et la réduction des inégalités. Le journal souligne que la focalisation sur les tensions avec les États-Unis permet à Lula de mobiliser son électorat traditionnel, mais occulte les problèmes structurels du pays, comme la corruption ou la dégradation des services publics.
L’article est publié à la veille du scrutin présidentiel brésilien du 4 octobre 2026, opposant Lula à Flávio Bolsonaro. Ce contexte électoral explique pourquoi la souveraineté est devenue un enjeu clé de la campagne. Les deux camps utilisent ce thème pour rallier leurs électeurs, mais *Estadão* rappelle que la souveraineté ne se réduit pas à une bataille politique entre Lula et Bolsonaro. Elle dépend aussi des décisions des citoyens, des institutions brésiliennes et des équilibres géopolitiques mondiaux, bien au-delà des clivages partisans.

