“Une légère coloration antiaméricaine” : l’étonnant succès de “La Bataille de Gaulle” en France
Sorti en salle le 26 juin, le deuxième épisode du long-métrage sur Charles de Gaulle a conquis les Français, constate “The New York Times”. Selon le média américain, le film humanise la figure du Général, tout en réveillant le patriotisme français, et une certaine forme d’antiaméricanisme, que la figure de Donald Trump a ravivé..
Le film biographique français La Bataille de Gaulle, sorti en salles le 26 juin 2026, a connu un succès remarquable en France avec 5,6 millions d’entrées, se classant juste derrière L’Odyssée de Christopher Nolan (7,6 millions). Réalisé par Antonin Baudry, ce diptyque cinématographique retrace la vie de Charles de Gaulle, figure historique majeure de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, le film ne correspondait pas aux critères d’un blockbuster estival classique, comme un film d’action ou une comédie légère. Ce succès est d’autant plus surprenant que, pour beaucoup de Français, notamment les jeunes générations, le nom de de Gaulle évoquait davantage des avenues, des places ou l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle qu’une personnalité politique influente.
Dans La Bataille de Gaulle, l’acteur franco-arménien Simon Abkarian incarne le Général avec une approche qui humanise cette figure souvent perçue comme distante et rigide. Le film met en lumière son entêtement, sa rectitude morale et son sens du destin, des traits qui contrastent avec l’image traditionnelle d’un homme austère. Cette représentation a séduit un public varié, y compris des jeunes peu familiers avec son histoire. Le film montre de Gaulle comme un homme solitaire, loin de sa famille, devant affronter des défis immenses tout en négociant avec des alliés et des ennemis, une narration qui rappelle les récits épiques antiques comme celui d’Ulysse.
Selon The New York Times, le film a contribué à réveiller un sentiment patriotique en France, notamment en cette période où la figure de Donald Trump, perçue comme antieuropéenne, a ravivé des tensions avec les États-Unis. Le biopic met en scène des moments clés où de Gaulle, alors chef de la France libre, s’oppose aux Alliés, dont les États-Unis, pour défendre l’indépendance et la souveraineté française. Cette narration a trouvé un écho particulier dans un contexte où les relations franco-américaines sont perçues comme tendues, notamment sur des sujets comme le commerce, la défense ou l’environnement.
Le film est décrit par The New York Times comme ayant une légère coloration antiaméricaine, sans pour autant tomber dans une critique frontale. Cette nuance s’explique par la mise en avant des tensions historiques entre de Gaulle et les États-Unis, notamment lors de la Seconde Guerre mondiale, où la France a parfois été marginalisée au profit des Alliés. Par exemple, le film évoque les désaccords entre de Gaulle et Franklin Roosevelt, alors président américain, sur la gestion de la Libération de la France. Cette dimension a résonné avec une partie de l’opinion publique française, sensible aux questions de souveraineté nationale.
L’article est signé par Mark Landler, journaliste du *New York Times*, un quotidien américain de référence connu pour son centre gauche et son lectorat international. Le *New York Times* dispose de plus de 140 prix Pulitzer et revendique près de 13 millions d’abonnés en 2025. L’analyse de Landler souligne comment un film français, centré sur une figure historique, peut devenir un miroir des tensions géopolitiques contemporaines, notamment entre la France et les États-Unis. Le succès du film en France reflète aussi une forme de nostalgie pour une époque où la France jouait un rôle central sur la scène internationale.

