Parcoursup, au coeur des revendications lycéennes
Frédéric Martel revient dans sa chronique sur les syndicats lycéens qui s'opposent à la plateforme Parcoursup..
Parcoursup est une plateforme numérique créée en 2018 sous le mandat d'Emmanuel Macron pour gérer les admissions à l'université en France. Elle remplace deux systèmes précédents : Ravel puis A.P.B (Admission Post Bac), eux-mêmes conçus pour remplacer les méthodes manuelles comme les dossiers papier et les tirages au sort. Parcoursup utilise des algorithmes locaux et nationaux pour « rationaliser les flux » de près d'un million de lycéens chaque année, en proposant 25 000 formations post-baccalauréat. En 2026, environ 130 000 élèves n'ont pas obtenu d'affectation après la phase principale de sélection, mais la plupart ont été repêchés lors des phases suivantes. La plateforme est souvent critiquée pour son opacité et son côté « inhumain », car elle repose entièrement sur des processus digitaux sans interaction humaine directe.
Les syndicats lycéens et étudiants, comme l'UNEF, Solidaires Étudiants ou l'Union syndicale lycéenne, dénoncent Parcoursup et réclament son abolition. Leurs slogans incluent « Abolir Parcoursup », « Stop Parcoursup » ou « ParcoursSupplice », reflétant un rejet massif de la plateforme. Les critiques portent sur son opacité, sa lenteur et son manque de transparence, perçue comme une « boîte noire bureaucratique ». La digitalisation totale du processus est également pointée du doigt, car elle prive les familles d'un accompagnement humain. En 2026, le mouvement étudiant actuel a fait de la suppression de Parcoursup une revendication centrale, soutenue par des figures politiques comme Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, qui proposent d'abolir la sélection à l'entrée de l'université. Cependant, Parcoursup ne prend pas de décision de sélection : elle transmet simplement les candidatures aux universités, qui appliquent leurs propres critères.
Parcoursup ne sélectionne ni ne classe les candidats : elle centralise les candidatures et les transmet aux universités, qui choisissent leurs étudiants selon des critères locaux. Par exemple, en 2025, la licence en droit de Paris Panthéon-Assas a accueilli 972 étudiants parmi 19 000 candidats, les 18 000 autres étant recalés par l'université elle-même, et non par Parcoursup. La plateforme est accusée de générer du stress, notamment à cause des listes d'attente qui obligent les familles à louer un logement en urgence ou à préparer un déménagement précipité. Une économie parallèle s'est développée autour de Parcoursup, avec des sociétés privées proposant des services payants pour aider à remplir les dossiers. Malgré ces critiques, 95 % des néo-bacheliers obtiennent une affectation en 2026, un taux bien supérieur à la moyenne des pays de l'OCDE.
En février 2026, un rapport parlementaire a formulé 51 propositions pour améliorer Parcoursup, mais aucune n'a été mise en œuvre, ce qui a alimenté les revendications actuelles. Le Premier ministre a promis de « corriger » la plateforme d'ici fin octobre 2026. Pourtant, Parcoursup reste un symbole du macronisme pour ses détracteurs, qui lui reprochent son opacité et sa complexité, alors même qu'elle a remplacé des méthodes encore plus archaïques, comme les dossiers papier envoyés par courrier ou les nuits d'attente devant les grilles des universités. Un paradoxe émerge : la génération Z, ultra-digitalisée, trouve la plateforme trop complexe, alors qu'elle est conçue pour simplifier un processus autrefois très lourd. Par ailleurs, la plateforme jumelle Mon Master, dédiée aux candidatures en master, est encore plus critiquée pour son opacité et sa lenteur.
Le débat autour de Parcoursup reflète une division politique profonde sur la question de la sélection à l'entrée de l'université. À droite, des médias comme *Le Figaro* défendent un système méritocratique avec sélection, tandis qu'à gauche, *Le Monde* critique cette sélection implicite et demande l'abolition de Parcoursup. La plateforme elle-même n'est pas responsable de ce choix politique, qui dépend des décisions gouvernementales, du budget voté par le Parlement et des critères des universités. Parcoursup est donc un outil qui peut servir différents systèmes selon la manière dont il est programmé. Les solutions proposées pour améliorer la situation incluent soit l'abolition de la sélection (en revenant à des méthodes anciennes), soit la création de centaines de milliers de places supplémentaires dans les formations les plus demandées, ce qui nécessiterait des milliards d'euros d'investissement. En attendant, le gouvernement tente de corriger la plateforme sans remettre en cause le principe de la sélection.

