À la recherche du Québec : Se raconter
Qu’est-ce que la culture d’un peuple, sinon la transmission de ses histoires et de ses mots?.
L’auteure évoque avec fascination les noms de lieux québécois comme Trou-de-la-Vieille, La Rédemption, Grosses-Roches, Rivière-Éternité ou Rivière-aux-Graines. Ces toponymes, souvent poétiques ou évocateurs, reflètent l’histoire et la culture locale. Par exemple, Ha! Ha! désigne en ancien français un obstacle inattendu sur un chemin, tandis que Trou-de-la-Vieille fait référence à une légende locale impliquant une femme autochtone nommée Ludivine, réputée pour ses talents de pêcheuse. Ces noms, hérités des premiers colons et des peuples autochtones, agissent comme des vestiges de l’histoire et des marqueurs identitaires. Ils illustrent la richesse linguistique et culturelle du Québec, où la langue française, influencée par des expressions locales et des emprunts autochtones, devient un outil de transmission des récits fondateurs.
L’histoire de Trou-de-la-Vieille s’ancre dans le XIXe siècle, lorsque Tobie Gagnon, un colon, gérait une traverse sur le Petit lac Ha! Ha! à l’aide d’un bac tiré par des chevaux. Son épouse, Ludivine, une femme autochtone dont le nom de famille reste incertain, était réputée pour ses pêches miraculeuses. Chaque matin, elle partait en chaloupe et revenait chargée de truites, sans jamais révéler l’emplacement de ses prises. Les habitants ont alors attribué ces pêches à un trou magique, d’où le nom du lieu. Cette légende, transmise oralement, illustre la coexistence entre colons et Autochtones, ainsi que la place des femmes dans la transmission des savoirs locaux. Elle souligne aussi l’importance des récits oraux dans la construction de l’identité québécoise.
L’auteure interroge la place de la culture dans la société québécoise contemporaine, notamment lors des élections de 2026 où le mot culture est peu évoqué. Pourtant, la culture d’un peuple se définit par la transmission de ses histoires, de ses mots et de ses expressions. Par exemple, l’expression Ostie toasté des deux bords, popularisée par le personnage de Junior Galarneau dans le téléroman L’Héritage (années 1980), est devenue emblématique. En 2024, seuls 3,9 % des jeunes de 15 à 29 ans avaient écouté principalement de la musique québécoise, et 5 % de la musique en français. Ces chiffres, publiés par l’Institut de la statistique du Québec en 2026, soulèvent des questions sur l’avenir de la transmission culturelle et linguistique au Québec.
Clément Turgeon, fondateur du Festif! de Baie-Saint-Paul, constate que les jeunes Québécois sont peu exposés à la musique locale en raison de la domination des plateformes internationales. En 2026, son festival, créé en 2010 avec 5 spectacles et 2 000 spectateurs, est devenu un événement de 4 jours avec 135 spectacles, 120 artistes et 50 000 festivaliers. Turgeon souligne que le Québec possède une richesse extraordinaire en production musicale francophone, rare ailleurs au Canada. Pour contrer ce désintérêt, il a lancé le programme festif à l’école, invitant des artistes québécois dans les écoles pour transmettre leur passion aux jeunes. Cette initiative répond à un enjeu de taille : préserver une culture musicale distincte dans un marché saturé par les productions américaines.
Yves Desgagnés, acteur et metteur en scène connu pour son rôle dans L’Héritage (téléroman des années 1980), déplore la standardisation des séries télévisées québécoises, qui s’inspirent désormais des formats américains, notamment les histoires de policiers. Il rappelle que des œuvres comme Temps d’une paix (Pierre Gauvreau) ou Dames de cœur (Lise Payette) ont marqué l’identité québécoise en racontant des histoires ancrées dans la société locale. Selon lui, les littérateurs, comme Victor-Lévy Beaulieu (L’Héritage), ont permis aux Québécois de se définir et de prouver leur existence. En 2026, 64 % des jeunes de 15 à 29 ans consomment principalement des contenus télévisuels étrangers, ce qui pose la question de la représentation de l’identité québécoise à l’écran.
Desgagnés exprime son inquiétude face à la disparition des récits locaux au profit de formats internationaux. Il évoque l’idée d’une série télévisée centrée sur la beauté des paysages et des paysages culturels québécois, une alternative aux récits policiers ou dramatiques classiques. Il se décrit comme un *vieux* nostalgique, mais son propos reflète une préoccupation plus large : celle de la perte d’une culture narrative unique. L’article souligne ainsi un paradoxe : bien que le Québec dispose d’un patrimoine culturel riche, sa transmission aux jeunes générations reste un défi majeur, notamment face à la concurrence des contenus étrangers et à l’évolution des habitudes de consommation médiatique.

