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Géopolitique

Les Pays-Bas ont combattu l’eau durant des siècles. Ils se battent désormais pour chaque goutte

Courrier International · mis à jour il y a 10 j

Longtemps réputés pour la protection de leurs terres face à la mer du Nord, les Pays-Bas sont désormais confrontés à une autre menace : le manque d’eau douce. À mesure que le Rhin s’assèche, l’eau salée gagne du terrain et le trafic fluvial s’enraye, perturbant un équilibre vieux de plusieurs siècles, explique le quotidien belge “De Standaard”..

Un combat historique

Depuis des siècles, les Pays-Bas sont connus pour leur lutte contre l’eau. Leur territoire, en grande partie situé sous le niveau de la mer, a nécessité la construction de digues, de polders et de systèmes de drainage sophistiqués. Ces infrastructures, comme les célèbres polders (zones de terres gagnées sur l’eau et protégées par des digues), ont permis de rendre habitables des régions entières. Cependant, cette tradition de maîtrise de l’eau, qui a façonné leur économie et leur culture, est aujourd’hui remise en cause par un nouveau défi : le manque d’eau douce. Le pays, qui a toujours craint les inondations, doit désormais faire face à une sécheresse persistante, un phénomène rare dans son histoire récente.

Le Rhin en danger

Le fleuve Rhin, artère économique majeure pour les Pays-Bas, est aujourd’hui au cœur de la crise. En juillet 2026, son niveau d’eau a atteint des niveaux historiquement bas, rendant la navigation fluviale extrêmement difficile. Les péniches et bateaux de croisière, comme ceux de la compagnie Rederij Eureka à Arnhem, se retrouvent échoués sur des berges asséchées. Cette situation perturbe gravement le transport de marchandises, essentiel pour l’économie néerlandaise. Le Rhin, qui traverse plusieurs pays européens, est vital pour le commerce, notamment pour l’importation de produits comme le charbon ou les céréales. Son assèchement partiel illustre l’impact du changement climatique sur les ressources en eau douce.

L’intrusion d’eau salée

La baisse du niveau du Rhin a une conséquence directe : l’avancée de l’eau salée de la mer du Nord dans le fleuve. Cette intrusion saline menace les cultures et les réserves d’eau potable. Les Pays-Bas, où l’agriculture est intensive, dépendent fortement de l’eau douce pour irriguer les champs. Avec la salinisation des sols, certaines terres deviennent stériles, ce qui affecte la production alimentaire. De plus, les infrastructures de traitement d’eau potable doivent s’adapter pour éviter que l’eau salée ne contamine les réseaux d’adduction d’eau. Cette situation crée une tension entre les besoins agricoles, industriels et domestiques.

Une réponse locale et urgente

Face à cette crise, les autorités néerlandaises et les habitants réagissent rapidement. À Arnhem, par exemple, un comité d’action a été créé pour trouver des solutions locales. Les discussions portent sur la construction de nouveaux quartiers près des ports, mais aussi sur la gestion de l’eau à long terme. André Mutsaerts, un riverain de 80 ans, souligne l’urgence de la situation en évoquant l’absence de précédents pour un niveau d’eau aussi bas. Les autorités envisagent des mesures comme le stockage de l’eau en période de pluie ou la limitation des prélèvements dans le Rhin. Ces initiatives reflètent une adaptation nécessaire à un nouveau paradigme climatique.

Ce que ça pourrait changer

Le problème des Pays-Bas dépasse leurs frontières. Le Rhin est un fleuve international, partagé avec l’Allemagne, la France et la Suisse. Sa gestion nécessite une coordination entre ces pays, car les actions de l’un ont des répercussions sur les autres. Par exemple, la construction de barrages en amont peut aggraver la sécheresse en aval. Cette crise met en lumière la nécessité d’une gouvernance transfrontalière de l’eau, un défi complexe dans un contexte de tensions géopolitiques. Les Pays-Bas, traditionnellement leaders en matière de gestion de l’eau, pourraient jouer un rôle clé dans la recherche de solutions communes.

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