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Géopolitique

“Minotaure”, d’Andreï Zviaguintsev

Courrier International · mis à jour il y a 1 j

Grand Prix du dernier Festival de Cannes, “Minotaure” sort en France ce 14 octobre. Ce film, qui marque le retour du cinéaste russe Andreï Zviaguintsev après neuf ans d’absence, est le premier à dépeindre la Russie à l’heure de l’“opération militaire spéciale”.

Retour du cinéaste russe

Andreï Zviaguintsev, réalisateur russe de renom, fait son retour au cinéma après neuf ans d’absence avec le film Minotaure. Ce long-métrage, présenté en première mondiale au Festival de Cannes 2026 où il a remporté le Grand Prix, est le premier film de fiction à aborder directement la situation en Russie depuis le début de l’opération militaire spéciale contre l’Ukraine, un euphémisme utilisé par le gouvernement russe pour désigner la guerre. Le film n’a aucune sortie prévue en Russie, où les œuvres critiques envers le pouvoir sont souvent censurées ou interdites. Zviaguintsev, connu pour ses films engagés comme Léviathan (2014) ou Faute d’amour (2017), explore ici les conséquences morales et humaines de la guerre sur les individus, plutôt que de s’attarder sur les aspects politiques ou géopolitiques.

Un film anti-guerre subtil

Minotaure n’est pas un film militant ou un tract propagandiste, mais une œuvre de fiction complexe qui dépeint la guerre comme un fléau absolu. Le titre fait référence au mythe grec du Minotaure, symbole de violence et de labyrinthe, ce qui suggère une réflexion sur les pièges dans lesquels s’enferment les personnages, pris dans les mécanismes d’un conflit qui les dépasse. Le film évite les clichés sur la Russie ou son peuple, se concentrant sur les choix moraux des individus, souvent inconscients des conséquences de leurs actes. Par exemple, un personnage efface partiellement le mot guerre sur un mur, illustrant la censure imposée en Russie où le terme est interdit pour désigner le conflit en Ukraine. Le critique russe Anton Doline, cité dans l’article, qualifie le film de captivant, soulignant sa profondeur et son approche humaniste plutôt que politique.

Contexte et réception critique

Le film est sorti en France le 14 octobre 2026, après avoir été salué par la presse internationale et notamment par le média russe indépendant Meduza, basé en Lettonie. Meduza est un site d’information russophone fondé en 2014 par d’anciens journalistes de Lenta.ru, après leur éviction pour avoir refusé de se soumettre à la ligne éditoriale pro-gouvernementale. Ce média, aujourd’hui interdit en Russie où il est classé comme organisation indésirable, est considéré comme l’un des principaux titres de la presse russe en exil. Son soutien au film Minotaure renforce sa crédibilité, car il reflète une vision critique et indépendante de la situation en Russie. Le film est présenté comme une œuvre majeure pour comprendre les tensions internes du pays en temps de guerre.

Un récit centré sur l’humain

Contrairement à d’autres films traitant de la guerre en Ukraine, Minotaure ne montre pas de scènes de combat ou de discours politiques. Il se concentre sur les personnages ordinaires, comme Gleb (interprété par Dmitri Mazourov) et son épouse Galina (Iris Lebedeva), dont les vies sont bouleversées par des décisions apparemment anodines mais aux conséquences dramatiques. Le film explore ainsi le thème de la responsabilité individuelle face à l’Histoire, une question centrale dans l’œuvre de Zviaguintsev. Les critiques soulignent que cette approche, à la fois intime et universelle, permet au public de s’identifier aux personnages, qu’ils soient russes ou non. Le film évite tout manichéisme, montrant que la guerre n’est pas seulement une affaire de méchants ou de victimes, mais un phénomène qui transforme profondément ceux qui y sont impliqués.

Ce que ça pourrait changer

L’absence de diffusion du film en Russie illustre les difficultés rencontrées par les artistes critiques envers le pouvoir. Depuis 2022, les autorités russes ont renforcé la censure, interdisant notamment l’usage du mot *guerre* pour désigner le conflit en Ukraine, remplacé par l’expression *opération militaire spéciale*. Les médias indépendants comme *Meduza* sont interdits sur le territoire russe, et leurs journalistes risquent des poursuites. Dans ce contexte, *Minotaure* s’inscrit dans une tradition de cinéma russe engagé, aux côtés d’autres réalisateurs comme Sergueï Loznitsa, dont les films sont également bannis en Russie. La sortie du film en France et en Europe devient ainsi un acte de résistance culturelle, permettant au public international d’accéder à une vision alternative de la Russie contemporaine.

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