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À Sherbrooke, un mégacentre de données sème la discorde

Le Devoir · mis à jour 2 oct.

Dans Sherbrooke, le projet de mégacentre de données divise les élus municipaux et la population..

Projet controversé à Sherbrooke

À Sherbrooke, la construction d’un mégacentre de données dédié à l’intelligence artificielle (IA) suscite une forte opposition locale. Ce projet, porté par l’entreprise Keel Infrastructure (anciennement Bitfarms), prévoit l’installation d’un immense complexe de serveurs et de puces informatiques sur un terrain boisé près d’un quartier résidentiel. Le conseil municipal a donné un feu vert conditionnel à la vente de quatre lots du parc industriel en juillet 2026, mais trois élues ont exprimé leur désaccord, critiquant le manque d’informations sur les impacts environnementaux et la consommation d’eau et d’électricité. Une pétition contre le projet a déjà recueilli plus de 11 000 signatures, et des manifestations ont eu lieu, comme celle du 25 septembre 2026 au parc Jacques-Cartier.

Qu'est-ce qu'un mégacentre ?

Un mégacentre de données (ou hyperscale AI data center en anglais) est une installation géante conçue pour entraîner ou exploiter des modèles d’IA. Il abrite des milliers de serveurs et de puces qui communiquent entre elles, contrairement à un simple stockage de données ou à un minage de cryptomonnaies. Selon l’Université de York à Toronto, un mégacentre est défini comme une installation consommant plus de 50 mégawatts (MW) d’électricité. Au Canada, il n’existe que cinq mégacentres de ce type, dont un à Lévis au Québec, mais 96 autres projets sont en développement. Ces centres sont très énergivores, consomment d’importantes quantités d’eau et génèrent du bruit, ce qui explique les résistances locales.

Enjeux environnementaux et économiques

Les opposants au projet soulignent les risques environnementaux, notamment la consommation d’eau et d’énergie. Ils s’interrogent aussi sur les retombées réelles pour la population, alors que la mairesse de Sherbrooke, Marie-Claude Bibeau, évoque des retombées annuelles de 18 millions de dollars grâce aux trois sites de cryptomonnaie existants de l’entreprise. Cependant, le transfert des 96 MW alloués à ces sites vers le nouveau mégacentre dépend de l’approbation du ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE). Les citoyens craignent aussi un délestage difficile en période de forte demande énergétique, un problème accru par la nature énergivore de l’IA.

Souveraineté et gestion des données

Le projet soulève des questions sur la souveraineté numérique, c’est-à-dire la capacité à contrôler et protéger les données stockées localement. Sylvana Al Baba Douaihy, professeure à l’Université Laval, rappelle qu’il faut savoir qui gère les données et sous quelle juridiction elles se trouvent. En effet, Keel Infrastructure est une entreprise américaine, ce qui pourrait poser des défis en matière de réglementation et de protection des données. Ce débat dépasse Sherbrooke et intéresse les partis politiques, certains appelant à un cadre réglementaire plus strict pour encadrer ces projets.

Positions des partis politiques

Les partis politiques québécois ont des positions variées sur les mégacentres de données. Le Parti libéral du Québec (PLQ) ne s’y oppose pas mais exige une évaluation des besoins énergétiques et des impacts environnementaux. Québec solidaire (QS) réclame un moratoire et une évaluation par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) pour Sherbrooke. La Coalition avenir Québec (CAQ) ne prend pas position spécifique mais insiste sur les critères d’octroi des licences électriques. Le Parti québécois (PQ) propose la création d’un comité d’experts sur l’IA, tandis que le Parti conservateur du Québec mise sur le développement énergétique, incluant l’hydroélectricité et le nucléaire. Seule QS a une position claire contre le projet sherbrookois.

Ce que ça pourrait changer

La population de Sherbrooke s’organise pour contester le projet, avec des manifestations et des pétitions. Des rencontres d’information ont été organisées par des conseillères municipales opposées au projet, réunissant des experts pour discuter des impacts. Les citoyens, comme Charles (enseignant) ou Carol Boulet, estiment que le débat manque d’attention des candidats aux élections provinciales. Lors d’une séance de questions, un candidat a répondu de manière simpliste en demandant si quelqu’un dans la salle n’avait pas de cellulaire, ce qui a déçu des participants. Les opposants réclament un débat national sur ces infrastructures, soulignant que les enjeux dépassent les frontières locales.

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