En Albanie, la violence monte d'un cran entre les manifestants et la police
En Albanie, la contestation antigouvernementale prend de l'ampleur. Lundi 19 octobre, pour le septième jour consécutif, des manifestants se sont violemment heurtés aux forces antiémeutes à Tirana..
En Albanie, le Premier ministre Edi Rama est au pouvoir depuis treize ans et fait face à une contestation croissante. Son gouvernement promet d’adhérer à l’Union européenne (UE) d’ici 2030, un objectif présenté comme une priorité nationale. Cependant, cette ambition est éclipsée par une crise sociale et politique majeure. Les manifestations, initiées principalement par des lycéens et des étudiants, dénoncent à la fois la corruption qui touche le pays et les conditions précaires dans les universités. Edi Rama, en réponse à ces tensions, a accusé des forces extérieures, notamment en Europe et aux États-Unis, d’avoir radicalisé une partie des manifestants, suggérant une ingérence étrangère dans les affaires albanaises. Cette accusation reste floue et n’est étayée par aucune preuve publique.
Le 19 octobre 2026, les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont atteint un niveau inédit à Tirana, la capitale albanaise. Avant cette date, les violences avaient déjà causé 295 blessés, dont 186 policiers selon les chiffres officiels. Ce jour-là, des commissariats et des bâtiments gouvernementaux ont été attaqués, tandis que des manifestants arrachaient des pavés pour les lancer sur la police dans le parc de Rinia, surnommé le parc de la jeunesse. En réaction, les forces de l’ordre ont utilisé des camions blindés, des jets d’eau et des grenades lacrymogènes pour disperser la foule. Des unités antiémeutes ont poursuivi les manifestants, et des cas de spray au poivre projeté à bout portant sur des jeunes ont été rapportés. Ces méthodes policières ont été qualifiées de chaotiques et stupides par Gentian Sejrani, avocat spécialisé dans les droits de l’homme, qui assiste plus de cent personnes arrêtées depuis le début du mouvement.
Les étudiants albanais réclament des améliorations dans les universités, où les conditions d’études sont jugées insatisfaisantes. Leur colère s’ajoute à un mécontentement plus large envers la corruption qui, selon eux, gangrène le pays. Sidorela Vatnikaj, militante de 27 ans et étudiante en master, est une figure active des manifestations depuis huit ans. Elle décrit une organisation rigoureuse des rassemblements, avec des groupes coordonnés pour gérer les premiers secours, les avocats ou le matériel nécessaire. Cependant, elle exprime des réserves face à la violence de certains manifestants envers la police, tout en reconnaissant la légitimité de leur colère. Elle propose une solution temporaire : la formation d’un gouvernement technocratique pour une année, afin de préparer des élections démocratiques plus transparentes.
Edi Rama a réagi aux violences en affirmant que l’État ne doit pas négocier avec les manifestants, sous peine de tomber. Il a brandi une pierre lancée contre la police comme symbole de cette radicalisation, qu’il attribue à des forces obscures en Europe et aux États-Unis. Le Premier ministre a également évoqué la possibilité de sa démission, mais a souligné que seul son gouvernement pourrait mener l’Albanie vers l’adhésion à l’UE d’ici 2030. Cette position reflète une stratégie de légitimité politique, où la promesse européenne sert de levier pour justifier son maintien au pouvoir malgré la crise. Les propos de Rama restent cependant controversés, car ils associent les manifestants à une menace extérieure sans preuve tangible.
Les manifestations en Albanie s’inscrivent dans une tradition de contestation antigouvernementale, avec des participants comme Sidorela Vatnikaj qui organisent les rassemblements depuis des années. Les manifestants se structurent en groupes pour assurer leur sécurité et leur coordination, mais la violence de certains individus complique la gestion des événements. Gentian Sejrani, l’avocat, souligne que les auteurs de violences contre la police sont rarement arrêtés, car ils fuient rapidement. Cette dynamique crée un climat de tension où les forces de l’ordre réagissent de manière parfois disproportionnée, comme l’illustrent les interventions au spray au poivre ou les poursuites dans le parc de Rinia. La situation reste donc volatile, avec un risque d’escalade continue.

