L'effondrement du courant atlantique n'est peut-être pas irréversible, mais le sauver s'annonce très compliqué
Fondamental pour le climat mondial, ce «tapis roulant» océanique n'a jamais tourné si lentement. La circulation méridienne de retournement atlantique pourrait cependant être réactivée avec un refroidissement des températures mondiales..
La circulation méridienne de retournement atlantique (AMOC) est un système de courants marins qui agit comme un tapis roulant géant dans l'océan Atlantique. Sa fonction principale consiste à transporter une partie de la chaleur des régions tropicales vers l'hémisphère Nord, régulant ainsi les climats en Europe et en Amérique du Nord. Depuis plusieurs décennies, les scientifiques observent un ralentissement inédit de ce courant, sans précédent historique. Selon les projections, d'ici la fin du XXIe siècle, sa vitesse pourrait diminuer de moitié par rapport à sa vitesse habituelle. Ce phénomène est directement lié au réchauffement climatique, qui perturbe les équilibres naturels des océans. Les chercheurs, comme ceux de l'Institut météorologique danois, soulignent que ce ralentissement pourrait avoir des conséquences majeures sur les conditions météorologiques mondiales.
Un effondrement ou un ralentissement marqué de l'AMOC entraînerait des bouleversements climatiques à l'échelle mondiale. En Europe, les hivers deviendraient beaucoup plus rigoureux, avec des températures glaciales persistantes. En Amérique du Nord, le niveau de la mer pourrait s'élever de manière significative, augmentant les risques d'inondations côtières. Par ailleurs, les moussons en Afrique et en Asie, essentielles pour l'agriculture et l'approvisionnement en eau, seraient fortement perturbées. Ces changements auraient des répercussions sur la production alimentaire mondiale et pourraient aggraver les crises humanitaires. Les scientifiques estiment que ces effets pourraient se manifester à moyen terme, d'ici la fin du siècle.
Contrairement à ce que l'on pourrait craindre, l'effondrement de l'AMOC ne serait pas nécessairement définitif. Selon les recherches menées par Chuncheng Guo, de l'Institut météorologique danois, il existe une relation directe entre la température moyenne mondiale et l'état de l'AMOC. Un refroidissement climatique pourrait relancer la circulation atlantique, même après un affaiblissement important. Les modèles climatiques montrent que même avec un réchauffement de 10°C, l'AMOC ne s'arrêterait pas complètement. Cependant, cette hypothèse repose sur des conditions très spécifiques et reste à confirmer par des études supplémentaires.
Pour inverser le ralentissement de l'AMOC, il faudrait parvenir à un refroidissement climatique global. Cela impliquerait de retirer d'énormes quantités de carbone de l'atmosphère et de les stocker à long terme. Actuellement, les technologies de capture du carbone permettent d'éliminer environ 2 millions de tonnes de carbone par an, soit seulement 0,1% des émissions annuelles mondiales. Pour obtenir un refroidissement de 0,2°C par décennie, il faudrait capturer 45 pétagrammes de carbone par an, soit l'équivalent de 100% des émissions actuelles. Or, les scientifiques soulignent que la technologie actuelle ne permet pas d'atteindre un tel niveau. Chuncheng Guo précise que cette solution reste donc hors de portée avec les moyens disponibles.
Même si le refroidissement climatique pouvait relancer l'AMOC, cette solution comporte des risques majeurs. René van Westen, océanographe à l'université d'Utrecht, met en garde contre un effet contre-productif. Une remise en marche brutale du courant pourrait plonger l'Europe dans un chaos climatique encore plus important. Après une période de refroidissement marqué, le continent serait exposé à un réchauffement accéléré, aggravant les perturbations météorologiques. Cette hypothèse, bien que plausible, reste à valider par des recherches complémentaires, notamment des travaux menés par des chercheurs allemands utilisant dix modèles climatiques différents.

