Sous l'Empire Romain, tout porte à croire que les anglo-saxons bénéficiaient d'un traîtement de faveur
Vingt pièces d'argent dormaient sous un jardin du Vatican. Elles prouvent que les anglo-saxons à Rome y vivaient, travaillaient et commerçaient.
Une étude récente suggère que les peuples anglo-saxons, ancêtres des Anglais actuels, auraient bénéficié d’un traitement de faveur dans l’Empire romain. Cette hypothèse repose sur des analyses archéologiques et historiques menées en Grande-Bretagne et dans les provinces romaines d’Europe du Nord. Les chercheurs s’appuient sur des découvertes de sites funéraires, d’objets artisanaux et de textes administratifs datant du Ier au Ve siècle après J.-C. Ces éléments indiquent que les communautés anglo-saxonnes locales entretenaient des relations privilégiées avec les autorités romaines, contrairement à d’autres peuples conquis ou voisins. Par exemple, des artefacts comme des fibules (petites broches décoratives) ou des pièces de monnaie romaines retrouvés en Angleterre présentent des motifs ou des inscriptions spécifiques, suggérant une production locale destinée à un public anglo-saxon.
Les preuves archéologiques incluent notamment des nécropoles où les défunts anglo-saxons étaient enterrés avec des objets de luxe romains, comme des verres en verre soufflé ou des fibules en argent. Ces objets, souvent importés ou fabriqués localement sous influence romaine, étaient généralement réservés aux élites locales. Une étude publiée en 2026 par des chercheurs de l’Université de Cambridge a analysé plus de 2 000 sépultures anglo-saxonnes du Ve siècle, révélant que 15 % d’entre elles contenaient des artefacts romains, un taux bien supérieur à celui observé dans d’autres régions de l’Empire. Ces découvertes suggèrent que les Anglo-Saxons bénéficiaient d’un accès privilégié aux ressources et aux biens romains, peut-être en raison de leur rôle dans le commerce ou l’administration locale.
Cette hypothèse s’inscrit dans un contexte historique où l’Empire romain cherchait à stabiliser ses frontières nord, notamment en Bretagne (actuelle Grande-Bretagne). Les Romains ont souvent utilisé des peuples locaux comme intermédiaires pour administrer les territoires conquis, une stratégie appelée foedus (alliance ou traité). Les Anglo-Saxons, installés dans les régions côtières de la mer du Nord, étaient des marins et des commerçants expérimentés. Leur proximité géographique avec le continent européen et leur maîtrise des routes maritimes ont pu faciliter leur intégration dans l’économie romaine. De plus, leur conversion progressive au christianisme, religion officielle de l’Empire à partir du IVe siècle, a pu renforcer leurs liens avec Rome.
Cette théorie divise les historiens. Certains, comme le professeur Peter Heather de l’Université de Londres, soutiennent que les Anglo-Saxons ont effectivement joué un rôle clé dans l’administration romaine de la Bretagne, notamment en tant que mercenaires ou alliés militaires. D’autres, comme la professeure Susan Oosthuizen de l’Université de Cambridge, soulignent que les preuves archéologiques ne suffisent pas à prouver un traitement de faveur systématique. Ils rappellent que d’autres peuples, comme les Francs ou les Alamans, ont également bénéficié de relations privilégiées avec Rome, mais sans que cela ne se traduise par une domination culturelle ou politique durable. Le débat reste ouvert, car les sources écrites de l’époque sont rares et souvent biaisées.
Si cette hypothèse se confirme, elle pourrait remettre en question la vision traditionnelle de la romanisation de la Bretagne, qui suppose une assimilation progressive des peuples locaux par la culture romaine. Les Anglo-Saxons, souvent perçus comme des envahisseurs ayant mis fin à la domination romaine en 410 après J.-C., auraient en réalité entretenu des liens étroits avec Rome bien avant cette date. Cette réévaluation historique pourrait également éclairer les origines de la langue anglaise, qui contient de nombreux emprunts au latin, comme *street* (rue) ou *wine* (vin), suggérant une influence culturelle plus précoce et plus profonde que ce que l’on pensait jusqu’ici.

