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Généraliste

Un très mauvais souvenir

Le Devoir · mis à jour 26 sept.

À 10 jours des élections, laisser entendre que Trump souhaite une victoire du PQ rappelle le «coup de la Brink’s»..

L'affaire Brink's en 1970

Le 26 avril 1970, trois jours avant les élections générales au Québec, neuf fourgons blindés de la société Brink’s ont quitté les bureaux montréalais du Royal Trust à destination de Toronto, transportant des certificats de valeurs mobilières. Un appel téléphonique anonyme avait prévenu la veille le quotidien The Gazette, qui a révélé l'événement en première page. Les autres médias ont repris l'information, créant un climat de panique. Quatre sondages publiés la semaine précédente montraient une forte progression du Parti québécois (PQ), qui talonnait désormais le Parti libéral du Québec (PLQ) de Robert Bourassa. Le message était clair : une victoire du PQ entraînerait une fuite massive de capitaux. Résultat des élections : le PLQ a obtenu 72 députés avec 45 % des voix, tandis que le PQ n'a remporté que 7 sièges avec 23 % des voix. René Lévesque, chef du PQ, a accusé Ottawa d'avoir orchestré cette opération pour influencer le scrutin. Quarante ans plus tard, le photographe de The Gazette, Tedd Church, a révélé que la direction du journal et le bureau du premier ministre Pierre Elliott Trudeau s'étaient entendus pour ne pas publier ses photos, suggérant une complicité fédérale.

Tentative d'ingérence américaine

À dix jours des élections québécoises du 5 octobre 2026, le Journal de Montréal a révélé que le gouvernement de Donald Trump avait tenté de court-circuiter le gouvernement fédéral canadien en proposant au Québec un accord tarifaire séparé. L'objectif était de semer la division au Canada. La première ministre québécoise Christine Fréchette a confirmé avoir été informée au printemps 2026 de ces approches, qu'elle a immédiatement rejetées, et en a informé Ottawa. Elle a également révélé qu'Ottawa l'avait avertie, dans les derniers jours de la campagne, d'un risque sérieux d'ingérence américaine dans le processus électoral. Elle a demandé une rencontre avec son homologue fédéral, Mark Carney, pour en discuter. Le chef du PLQ, Charles Milliard, a sous-entendu que le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, aurait pu avoir des contacts avec des groupes américains, bien qu'aucune preuve ne soit avancée.

Stratégie centrifuge américaine

Un document intitulé The Centrifugal Strategy, publié le 26 février 2026 par le groupe de réflexion Defense Analyses and Research Corporation, explique comment les États-Unis pourraient déstabiliser le Canada en encourageant les mouvements sécessionnistes, notamment au Québec ou en Alberta. Ce rapport, accessible en ligne, analyse le débat constitutionnel canadien et le mouvement souverainiste québécois. Son auteur propose un scénario dans lequel une victoire du PQ le 5 octobre 2026 pourrait inciter Ottawa à proposer une réforme constitutionnelle et une augmentation des paiements de péréquation pour le Québec. Cela risquerait d'exacerber les tensions avec l'Alberta. Le rapport suggère également une aide financière au PQ, une proposition critiquable compte tenu des règles strictes de financement des partis politiques au Québec. Le document reflète une méconnaissance du système politique canadien par son auteur américain.

Ce que ça pourrait changer

À deux jours du début du vote par anticipation, le chef du PQ s'est interrogé sur le *timing* des révélations concernant l'ingérence américaine, évoquant une possible manipulation similaire à l'affaire Brink's de 1970. Il est difficile d'imaginer qu'Ottawa n'ait pas été impliqué dans cette coïncidence. La guerre commerciale actuelle entre les États-Unis et le Canada a renforcé la solidarité québécoise envers le reste du Canada, rendant toute collaboration avec Donald Trump politiquement risquée pour le PQ. Le parti souverainiste craint que Trump ne cherche à « kidnapper » l'élection en sa faveur. Le chef du PLQ, Charles Milliard, a également laissé entendre que le PQ pourrait avoir des liens avec des groupes américains, bien qu'aucune preuve ne soit présentée. Christine Fréchette a évité de mentionner l'intérêt de Trump pour une victoire du PQ, qui faciliterait la tenue d'un référendum sur l'indépendance.

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