En Argentine, le surendettement jette les classes populaires dans les bras des usuriers
Alors que les chiffres macroéconomiques sont au beau fixe, l’endettement des ménages avoisine les 13 %. La presse argentine se fait l’écho de la colère qui gronde dans les classes populaires, prises dans une spirale de surendettement qui les met à genoux et fait les choux gras des services de crédit en ligne et de prêteurs informels aux méthodes de gangsters..
En Argentine, les indicateurs macroéconomiques semblent positifs en 2026. Le gouvernement annonce une inflation limitée à 1,6 % en août 2026, un niveau inédit depuis juin 2025, selon le journal progressiste Clarín. Le président libertarien Javier Milei a tenu plusieurs promesses de campagne : réduction de l’inflation (passée de plus de 200 % à près de 30 % en glissement annuel), stabilisation du taux de change entre le dollar et le peso argentin, maintien d’un objectif de déficit budgétaire nul et augmentation record des exportations dans les secteurs de l’agriculture, des hydrocarbures et des mines. Pourtant, ces améliorations ne se ressentent pas dans le quotidien des Argentins, comme le souligne le Buenos Aires Herald, qui s’étonne de la faible popularité du président malgré ces résultats économiques.
Malgré les bons chiffres macroéconomiques, 62 % des Argentins interrogés par les instituts Latam Pulse et Zuban Córdoba ont une opinion négative du président Javier Milei, un record. Ce paradoxe s’explique par l’écart entre les indicateurs nationaux et la situation vécue par les ménages. Les améliorations économiques ne se traduisent pas encore par une hausse du pouvoir d’achat ou une baisse des prix des biens essentiels. Les Argentins peinent à joindre les deux bouts, ce qui alimente une frustration croissante. Ce décalage illustre une problématique fréquente dans les économies émergentes : des réformes macroéconomiques peuvent stabiliser les grands agrégats sans améliorer immédiatement le quotidien des citoyens.
Le surendettement des ménages argentins atteint des niveaux critiques, avec un taux d’endettement avoisinant les 13 % en 2026. Cette situation pousse les classes populaires à se tourner vers des solutions de crédit informelles, souvent proposées par des prêteurs aux méthodes coercitives, qualifiés d’usuriers. Ces derniers profitent de la vulnérabilité financière des ménages pour leur proposer des prêts à des taux d’intérêt exorbitants, parfois assortis de menaces ou de pressions. Les services de crédit en ligne et les prêteurs informels, surnommés prêteurs sur gage, se multiplient, aggravant la précarité des familles déjà en difficulté. Ce phénomène est particulièrement visible dans les manifestations, où des Argentins protestent contre l’augmentation de leur endettement, comme celle organisée à Buenos Aires le 20 août 2026.
Les manifestations contre l’endettement des ménages se multiplient en Argentine, reflétant la colère des classes populaires. Lors d’une marche à Buenos Aires le 20 août 2026, des manifestants ont symboliquement attaché leurs poignets avec des cordes et porté des pancartes mentionnant des dépenses essentielles comme le loyer ou la santé. Ces protestations visent à attirer l’attention sur les difficultés financières des ménages, prises dans une spirale de surendettement qui les empêche de subvenir à leurs besoins de base. Les revendications portent notamment sur l’accès au crédit à des conditions équitables et la protection contre les pratiques abusives des prêteurs informels, qui profitent de la vulnérabilité des plus précaires.
Les prêteurs informels, souvent appelés usuriers ou prêteurs sur gage, jouent un rôle central dans la crise du surendettement en Argentine. Ces acteurs, qui opèrent en dehors du système bancaire traditionnel, proposent des prêts à des taux d’intérêt extrêmement élevés, parfois accompagnés de méthodes intimidantes. Leur activité prospère dans un contexte où les banques traditionnelles refusent d’accorder des crédits aux ménages les plus précaires, en raison de leur faible solvabilité. Les prêts informels deviennent alors une solution de dernier recours, mais ils plongent les emprunteurs dans un cycle de dette difficile à briser, aggravant leur situation financière et leur vulnérabilité sociale.
L’Argentine est dirigée depuis 2023 par Javier Milei, un président libertarien dont les réformes économiques visent à stabiliser l’économie après des décennies de crises. Ses mesures incluent une réduction drastique des dépenses publiques, une libéralisation des marchés et une lutte contre l’inflation, qui a effectivement reculé de plus de 200 % à environ 30 % en glissement annuel. Cependant, ces réformes peinent à améliorer le pouvoir d’achat des Argentins, en raison de la persistance de problèmes structurels comme la pauvreté, le chômage et l’inégalité des revenus. Le mécontentement populaire, illustré par les 62 % d’opinions négatives envers Milei, reflète ce décalage entre les objectifs macroéconomiques et les réalités sociales.

