La Bretagne pourrait manquer d'eau potable à cause de la sécheresse
Malgré sa réputation humide, la Bretagne fait face à une sécheresse inédite. La région est « à deux doigts de la rupture » en eau potable, a déclaré à l'Agence France Presse ( AFP ) le maire divers droite de Brest, Stéphane Roudaut.
La Bretagne connaît depuis plusieurs années une baisse significative des précipitations, aggravée par des épisodes de sécheresse récurrents. En 2022, la région a enregistré un déficit de pluie de 20 % par rapport à la moyenne des années 1990, selon les données de Météo-France. Cette situation s’inscrit dans une tendance plus large de réchauffement climatique, qui modifie les régimes de pluie en France. Les sols bretons, souvent peu profonds et composés de roches granitiques, retiennent mal l’eau, ce qui limite leur capacité à alimenter les nappes phréatiques. Les agriculteurs et les habitants constatent déjà des conséquences, comme l’assèchement précoce des rivières et des étangs, ainsi que des restrictions d’eau dans certaines zones.
Les nappes phréatiques sont des réserves d’eau souterraines alimentées par les pluies infiltrées dans le sol. En Bretagne, leur niveau a chuté de manière alarmante ces dernières années. Selon le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), 60 % des nappes bretonnes affichaient un niveau « modérément bas » à « très bas » en 2023, contre 30 % en moyenne sur les dix années précédentes. Cette baisse s’explique par la diminution des pluies hivernales, essentielles pour recharger les nappes, mais aussi par une exploitation accrue de ces ressources pour l’agriculture, l’industrie et l’eau potable. En 2022, la Bretagne a consommé 280 millions de m³ d’eau, dont 15 % provenaient directement des nappes phréatiques.
La Bretagne pourrait faire face à une pénurie d’eau potable d’ici quelques années si la situation ne s’améliore pas. Les autorités locales et les gestionnaires de réseaux d’eau potable, comme les syndicats d’eau (des structures publiques qui organisent la distribution de l’eau dans une zone géographique), alertent sur le risque d’assèchement des sources et des forages. En 2023, 12 communes bretonnes ont déjà connu des restrictions d’eau, et certaines ont dû importer de l’eau en camion-citerne. Le risque est particulièrement élevé dans le centre et l’est de la région, où les nappes sont déjà très sollicitées. Une étude de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne estime que d’ici 2030, jusqu’à 20 % des besoins en eau potable pourraient ne plus être couverts en période estivale.
Plusieurs acteurs interviennent pour gérer la crise de l’eau en Bretagne. Les syndicats d’eau, comme celui de Saint-Brieuc ou de Rennes Métropole, sont chargés de la distribution et de la protection des ressources. Ils travaillent en collaboration avec l’État, représenté par la DREAL Bretagne (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement), qui supervise les politiques de gestion de l’eau. Les agriculteurs, gros consommateurs d’eau pour l’irrigation, sont également pointés du doigt : l’agriculture représente 50 % de la consommation d’eau en Bretagne. Enfin, les citoyens sont invités à adopter des gestes d’économie, comme limiter l’arrosage des jardins ou réduire la durée des douches, pour préserver les ressources.
Face à cette situation, plusieurs solutions sont envisagées pour éviter une pénurie d’eau potable. Les autorités locales et les gestionnaires de réseaux misent sur des mesures d’économie d’eau, comme la réparation des fuites dans les canalisations (qui représentent 20 % de la perte d’eau en Bretagne) ou la modernisation des infrastructures. Une autre piste est le *recyclage des eaux usées* : certaines stations d’épuration pourraient être équipées pour traiter les eaux usées et les réutiliser pour l’irrigation ou le nettoyage. Enfin, des projets de création de nouveaux forages ou de transferts d’eau entre bassins sont à l’étude, mais ils soulèvent des questions environnementales et sociales, notamment sur l’impact des prélèvements sur les écosystèmes locaux.

