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Généraliste

Fermer l’école et voir le français disparaître

ICI Radio-Canada · mis à jour 8 sept.

Il y a 10 ans l'école primaire francophone de Saint-Paul au Nouveau-Brunswick a fermé ses portes..

Disparition de l'école

En 2016, l’école primaire française de Saint-Paul, un village acadien du sud-est du Nouveau-Brunswick, a fermé ses portes après 65 ans d’existence. Fondée en 1951, cette école était le cœur culturel et éducatif de la communauté, accueillant jusqu’à 125 élèves dans les années 1970. Sa fermeture a été décidée par le Conseil d’éducation du District scolaire francophone Sud (CED) en raison de son état vétuste et du manque d’élèves, avec seulement une soixantaine d’enfants scolarisés à l’époque. Le bâtiment a été démoli en 2020, marquant la fin symbolique d’une époque pour ce village fondé en 1883. Le CED regroupe plusieurs écoles francophones de la région et prend des décisions sur leur gestion.

Conséquences culturelles

La fermeture de l’école a accéléré l’anglicisation de Saint-Paul, où le français était la langue maternelle de 60 % des habitants en 2016. Dix ans plus tard, le nombre de jeunes francophones a chuté de moitié, passant de 60 % à une proportion bien inférieure. L’école jouait un rôle central dans la transmission de la culture acadienne, avec des activités comme des concours de musique ou d’art oratoire organisés par les religieuses qui y enseignaient. Son absence a privé le village d’un pôle d’attraction pour les familles francophones, favorisant l’exode vers des communautés plus dynamiques comme Moncton. Adélard Cormier, ancien directeur d’une polyvalente voisine, souligne que l’école était un château fort de la francophonie locale.

Décision controversée

La fermeture de l’école a été une décision difficile pour le CED, qui reconnaissait les impacts négatifs de telles mesures sur une communauté. Michel Côté, alors membre du conseil et aujourd’hui président du CED, explique que la décision reposait sur l’impossibilité de maintenir des conditions d’apprentissage comparables aux autres écoles du district, en raison de classes combinées (plusieurs niveaux dans une même classe). Cependant, un rapport de 2020 de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques (ICRML) révèle que 90 enfants d’ayants droit auraient pu être inscrits à l’école en 2016 si les données démographiques avaient été disponibles. Ces données, collectées seulement en 2021, permettent d’identifier les familles éligibles à une éducation en français.

Ayants droit : définition

Un ayant droit est une famille où le français est la première langue apprise et toujours comprise par l’un des parents, ou une famille où l’un des deux parents a fréquenté une école primaire en français. Ces critères déterminent l’éligibilité à une éducation en français au Canada, notamment dans les provinces où le français est une langue minoritaire. En 2016, le CED n’avait pas accès à ces données pour Saint-Paul, ce qui a conduit à une sous-estimation des besoins réels. Un rapport de 2022 confirme que la plupart des enfants de Saint-Paul sont désormais scolarisés en anglais, malgré l’offre de deux écoles francophones à proximité : l’école Mont-Carmel (20 km) et l’école Le Sommet (40 km).

Exode des familles

Marc Henrie, ancien président du district de services locaux de Saint-Paul et natif du village, a quitté Saint-Paul en 2022 pour s’installer en banlieue de Moncton, où l’offre en services francophones est plus importante. Il illustre le phénomène d’exode des familles francophones vers des centres urbains comme Moncton, où les écoles et les activités culturelles en français sont plus accessibles. En 2022, une seule famille de Saint-Paul a inscrit son enfant à la maternelle dans une école francophone de la région. Les autres ont opté pour le système anglophone, souvent par manque d’alternatives locales. Léandre Bastarache, conseiller municipal, note que Saint-Paul est désormais une communauté bilingue, attirant des anglophones en quête de propriétés abordables, notamment des Ontariens.

Ce que ça pourrait changer

Face à la disparition progressive de la francophonie à Saint-Paul, des citoyens comme Marc Henrie et Léandre Bastarache ont proposé des solutions pour retenir les familles, comme l’ouverture d’une garderie ou de classes de maternelle à la 2e année au Club de l’âge d’or. Cependant, le District scolaire francophone Sud a jugé l’intérêt de la communauté trop faible pour donner suite à ces projets. L’absence de ces infrastructures a encore fragilisé l’attractivité du village pour les familles francophones. Aujourd’hui, Saint-Paul, autrefois une *paroisse acadienne*, peine à maintenir son identité culturelle, avec des drapeaux acadiens devenus rares et un tissu social en mutation.

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