Devant l’ONU, le président iranien se dit victime du «terrorisme» américain
«Nous n’avons jamais été un agresseur», a martelé Massoud Pezeshkian au lendemain de menaces de Trump à la même tribune..
Lors de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, le président iranien Massoud Pezeshkian a prononcé un discours très offensif, répondant aux menaces formulées la veille par Donald Trump. Pezeshkian a affirmé que l’Iran n’avait « jamais été un agresseur » ni « jamais démarré de guerre », tout en dénonçant ce qu’il qualifie de « terrorisme » américain. Il a également mis en garde contre l’utilisation du détroit d’Ormuz, une voie maritime stratégique, par les États-Unis, qu’il accuse de fermer l’accès aux eaux territoriales iraniennes. Le président iranien a souligné que la résistance du peuple iranien s’intensifierait face aux sanctions, à la pression économique et aux intimidations croissantes. Ces déclarations interviennent dans un contexte de tensions accrues entre les deux pays, notamment depuis le début de la guerre au Moyen-Orient à la fin du mois de février 2024, déclenchée par des frappes israélo-américaines.
Donald Trump, président des États-Unis, a menacé l’Iran lors de son discours à l’ONU en déclarant qu’il avait « une grande décision à prendre » : soit un accord serait conclu avec l’Iran, soit il « annihilerait » la République islamique. Il a ajouté espérer que Téhéran prenne « les bonnes décisions avant qu’il ne soit trop tard ». Malgré ce ton belliqueux, Trump a également annoncé la reprise du dialogue avec l’Iran, précisant que des échanges avaient eu lieu entre responsables iraniens et américains via des médiateurs tout au long de la journée en marge de l’Assemblée générale. Ces tensions s’inscrivent dans un contexte de sanctions économiques américaines contre l’Iran, visant à asphyxier financièrement le pays, et de perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, une voie essentielle pour le transport d’hydrocarbures.
Le détroit d’Ormuz, par lequel transitait avant la guerre environ un cinquième des hydrocarbures mondiaux, est au cœur des tensions entre l’Iran et les États-Unis. Téhéran perturbe fortement le trafic dans cette voie maritime depuis le début du conflit, tandis que Washington mène un blocus des ports iraniens et accentue la pression économique pour affaiblir le pays. L’Iran a menacé de ne pas tolérer que le détroit soit utilisé pour une « agression » contre son territoire, accusant les États-Unis d’utiliser des missiles et des technologies létales pour créer de l’insécurité dans la région. Ce détroit est stratégique car il relie le golfe Persique à la mer d’Oman, et son contrôle influence les prix du pétrole à l’échelle mondiale.
L’Iran soutient les Houthis, un groupe armé yéménite, qui ont consolidé leur contrôle sur le détroit de Bab el-Mandeb, une autre voie maritime cruciale pour les flux énergétiques mondiaux. Cette situation a fait grimper les prix du pétrole ces dernières semaines, en raison des perturbations des routes commerciales. Les Houthis sont actifs dans la région depuis des années, mais leur implication dans le conflit actuel a aggravé les tensions géopolitiques. Leur contrôle de ce détroit, situé entre le Yémen et Djibouti, menace la stabilité des approvisionnements énergétiques et aggrave les crispations économiques mondiales.
Le Canada a annoncé de nouvelles sanctions contre l’Iran, ciblant cinq hauts responsables iraniens et cinq entités liées à l’État. Ces mesures visent à sanctionner leur rôle dans la répression brutale de la population iranienne, notamment à travers la surveillance numérique, la censure, la violence illégale, les détentions arbitraires et l’intimidation. Ces sanctions s’ajoutent aux 24 séries de mesures déjà imposées par Ottawa depuis 2022, totalisant 237 personnes et 265 entités iraniennes ciblées. Ces mesures font suite à des manifestations massives en Iran, notamment en septembre 2022 après la mort de Mahsa Amini, une jeune Kurde arrêtée pour avoir enfreint le code vestimentaire imposé aux femmes, et en décembre 2023 lors d’un mouvement de contestation contre la vie chère.
Lors de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, d’autres sujets ont été abordés en marge des tensions irano-américaines. En matinée, le Conseil de sécurité s’est réuni en présence du président ukrainien Volodymyr Zelensky pour évoquer la guerre en Ukraine. Zelensky a indiqué que Kiev et Washington souhaitaient que le conflit cesse « avant l’hiver », tout en se disant prêt à cesser les frappes sur les sites énergétiques russes si Moscou faisait de même avec ses attaques massives en Ukraine. Dans l’après-midi, les discussions ont porté sur l’intelligence artificielle (IA), perçue comme une nouvelle menace pour la sécurité internationale. Plusieurs pays, dont le Canada et la France, ont réclamé une régulation de l’IA, mais les États-Unis et la Chine s’y sont opposés pour ne pas freiner le développement de leurs champions nationaux dans ce domaine.

