Les coudées franches
L’impossibilité de tenir un référendum serait peut-être moins douloureuse qu’un abandon ou un troisième Non..
L’expression « coudées franches » signifie disposer d’une marge de manœuvre complète pour agir sans contraintes. Dans cet article, elle désigne la demande du Parti québécois (PQ), dirigé par Paul St-Pierre Plamondon, d’obtenir une majorité parlementaire lors des élections du 5 octobre 2026. Une majorité permettrait au PQ de gouverner plus facilement, sans dépendre des autres partis. Le chef du PQ évoque des domaines prioritaires comme la santé, l’éducation, l’itinérance ou les infrastructures. Par exemple, une majorité aurait pu permettre d’étendre la loi 101 aux cégeps ou d’adopter une loi sur la laïcité de l’État. Cependant, cette demande s’inscrit aussi dans une stratégie politique : sans majorité, organiser un référendum sur l’indépendance du Québec deviendrait très difficile, car les électeurs ne semblent pas prêts à soutenir cette option.
Un gouvernement minoritaire, où aucun parti ne détient la majorité absolue, limite fortement la capacité d’action. Par exemple, le gouvernement de Pauline Marois (2012-2014) aurait pu accomplir davantage avec une majorité, comme instaurer des soins à domicile ou renforcer la loi 101. Cependant, sans majorité, le PQ craint de ne pas pouvoir tenir un référendum sur l’indépendance, comme le souhaite son chef. Les sondages actuels donnent au PQ environ 30 % des intentions de vote, ce qui pourrait le condamner à un gouvernement minoritaire. De plus, les partis d’opposition comme le Parti conservateur du Québec (Éric Duhaime) ou Québec solidaire pourraient bloquer un référendum. Le chef du PQ préfère donc éviter cette situation, même si cela signifie renoncer à une partie de son programme.
Le Québec fait face à une guerre commerciale avec les États-Unis, déclenchée par les politiques protectionnistes de Donald Trump. Cette situation économique tendue pourrait mener à une récession, c’est-à-dire une baisse généralisée de l’activité économique. Pour y répondre, le gouvernement du Québec a annoncé des mesures, mais celles-ci ont été critiquées par tous les partis d’opposition. Un gouvernement minoritaire dépendrait du bon vouloir de ces partis pour faire adopter ses lois, ce qui compliquerait la gestion de la crise. Par exemple, le dernier sondage Léger indique que 24 % des Québécois font le plus confiance à Christine Fréchette (ministre responsable) pour défendre les intérêts du Québec face à Trump, contre 19 % pour Paul St-Pierre Plamondon et 10 % pour Charles Milliard (chef du Parti libéral du Québec).
La campagne électorale de 2026 est marquée par des stratégies de vote stratégique. Christine Fréchette, chef du Parti libéral du Québec, a appelé les souverainistes et les libéraux déçus à voter pour la Coalition avenir Québec (CAQ) afin d’éviter un référendum. Cette tactique vise à renforcer la position de son parti, qui est en tête des sondages. De son côté, Paul St-Pierre Plamondon craint que les intentions de vote ne se cristallisent à un niveau trop bas pour le PQ, risquant de lui faire obtenir moins de sièges qu’en 2012. La comparaison avec l’élection de 2008 est évoquée : à l’époque, Jean Charest avait obtenu une majorité malgré une crise financière mondiale, grâce à la confiance des électeurs dans sa capacité à gérer la situation.
Un gouvernement péquiste souhaite établir un meilleur *rapport de force* avec le gouvernement fédéral canadien à Ottawa. Cela signifie négocier des concessions pour le Québec, comme cela a pu arriver par le passé avec des premiers ministres comme Paul Martin ou Stephen Harper. Cependant, cette approche implique des tensions et des affrontements, ce qui n’est pas nécessairement bien perçu par les électeurs. En effet, dans le contexte actuel de guerre commerciale avec les États-Unis, beaucoup estiment qu’il est préférable d’éviter un conflit supplémentaire avec Ottawa. Christine Fréchette a choisi une voie plus conciliante, parlant de *« partenariat »* avec le gouvernement fédéral, ce qui place le Québec en position de spectateur plutôt qu’en acteur clé.

