Shabjdeed vs Saint Levant : le clash musical qui interroge l’identité palestinienne
L’un rappe sur l’occupation israélienne. L’autre chante des ballades d’amour en mêlant anglais, français et arabe.
Shabjdeed et Saint Levant représentent deux facettes distinctes de la scène musicale palestinienne contemporaine. Shabjdeed est un rappeur engagé dont les textes dénoncent l'occupation israélienne et décrivent le quotidien des Palestiniens en Cisjordanie, notamment à Ramallah. Il utilise l'arabe pour aborder des thèmes politiques et sociaux, comme les attaques des colons israéliens contre les Palestiniens. À l'inverse, Saint Levant, artiste franco-algérien par sa mère et ayant grandi en partie à Gaza, se présente comme un lover boy (séducteur) international. Il chante l'amour et la vie, mêlant anglais, français et arabe dans une pop accessible, et a connu un succès mondial, se produisant dans des festivals comme Coachella aux États-Unis ou des défilés de mode en Europe. Son approche musicale et son image contrastent avec celle de Shabjdeed, qui critique cette représentation jugée éloignée des réalités politiques palestiniennes.
Le 31 juillet 2026, Shabjdeed a sorti le morceau SLV dans lequel il critique ouvertement Saint Levant. Il se moque de son image de séducteur et de son succès international, l'accusant de diluer la cause palestinienne en mélangeant sa musique à des influences européennes (« Il mélange la Palestine à n’importe quelle connerie européenne »). Shabjdeed reproche également à Saint Levant de se conformer aux attentes d'un public occidental, en évitant de parler directement des enjeux politiques et du génocide perpétré par Israël contre les Palestiniens. Ce clash a suscité un débat sur la représentation de la Palestine dans l'imaginaire mondial et sur la légitimité des artistes palestiniens à choisir leur propre voie artistique, notamment à l'international.
Le conflit entre les deux artistes a mis en lumière une question plus large : qui a le droit de définir l'identité palestinienne à l'étranger ? Certains observateurs, comme le site New Arab, soulignent que cette polémique reflète les tensions entre les Palestiniens vivant sous occupation et ceux de la diaspora, dont une partie se trouve en exil. Le succès de Saint Levant, qui touche des plateformes et des publics que peu d'artistes palestiniens atteignent, est parfois perçu comme une forme de conformisme aux attentes occidentales. À l'inverse, Shabjdeed incarne une voix plus ancrée dans les réalités locales et politiques de la Palestine. Ce débat interroge aussi la capacité des artistes palestiniens à concilier leur identité culturelle avec les exigences d'une industrie musicale dominée par l'Occident.
Les réactions à ce clash ont été nombreuses, tant sur les réseaux sociaux que dans les médias arabes. Certains fans de Saint Levant défendent son droit à chanter l'amour et à s'exprimer librement, estimant qu'il permet à des third culture kids (personnes ayant grandi entre plusieurs cultures mais éloignées de leurs origines) de se reconnaître en lui. D'autres, comme le site Rolling Stone Mena, analysent que Shabjdeed critique moins Saint Levant que la tendance à édulcorer la cause palestinienne pour plaire à un public occidental. Ce débat s'inscrit dans un contexte où la Palestine est sous occupation israélienne, avec des déplacements entravés pour de nombreux artistes locaux, et où la musique en arabe est souvent moins valorisée par l'industrie musicale mondiale que les productions multilingues.
Malgré leurs différences, Shabjdeed a lancé un appel à Saint Levant dans son morceau, l'invitant à *« traverser le pont »* pour le rejoindre, suggérant une possible réconciliation ou collaboration. Ce geste symbolise aussi l'idée que les Palestiniens ont le droit à une vie intérieure et artistique qui ne soit pas dictée par les attentes extérieures. Le débat reste ouvert : certains estiment que chaque artiste a le droit de s'exprimer comme il l'entend, tandis que d'autres y voient une dilution de la cause palestinienne. Quoi qu'il en soit, cette polémique a révélé les complexités de la représentation palestinienne à l'international, entre engagement politique et succès commercial.

