Au Yémen, les houthistes
À la veille du 26 septembre, date anniversaire de la proclamation de la république et de l’abolition de la monarchie religieuse dans le Yémen du Nord, les houthistes répriment à nouveau ceux qui veulent résister à leur projet de rétablir un régime fondé sur les privilèges d’une “ascendance au prophète”..
Le 26 septembre 1962, le Yémen du Nord a aboli la monarchie religieuse, appelée imamat, pour proclamer la république. Cette date marque un tournant dans l’histoire du pays, symbolisant le passage d’un régime fondé sur des privilèges liés à l’ascendance au prophète Mahomet à un État de droit et d’institutions citoyennes. L’imamat était une monarchie théocratique où le pouvoir reposait sur des règles religieuses strictes. La révolution de 1962 a instauré un système républicain, séparant le pouvoir politique des institutions religieuses. Cette date est donc un symbole fort de l’identité nationale yéménite pour les partisans de la république, mais elle est aujourd’hui contestée par les houthistes.
Les houthistes, aussi appelés Ansar Allah (Partisans de Dieu), forment un mouvement politico-religieux yéménite d’obédience zaydite, une branche du chiisme distincte de l’islam sunnite majoritaire au Yémen. Leur nom vient de leur ancien leader, Hussein al-Houthi, tué en 2004. Ce groupe, basé principalement dans le nord du pays, a pris le contrôle de la capitale Sanaa en 2014. Leur projet politique vise à rétablir un système fondé sur des privilèges liés à l’ascendance au prophète, en opposition directe avec les principes républicains instaurés en 1962. Leur idéologie repose sur une interprétation stricte du zaydisme, qu’ils ont radicalisée pour se différencier des autres courants de l’islam yéménite.
Les houthistes mènent une campagne active pour effacer les symboles de la république yéménite, notamment le drapeau national et les fêtes associées. Ils ont remplacé la célébration du 26 septembre, date anniversaire de la révolution de 1962, par l’anniversaire de leur prise de pouvoir le 21 septembre 2014. Cette stratégie vise à imposer une identité religieuse et communautaire étroite, fondée sur le zaydisme radical, au détriment de l’identité nationale unificatrice. Selon des intellectuels yéménites comme Mustafa Al-Jabzi, cette démarche s’apparente à une « vengeance » contre les principes républicains, perçus comme une menace à leur projet de société. Les houthistes utilisent cette politique pour marginaliser les autres courants religieux et politiques du pays.
Le conflit au Yémen ne se limite pas à une lutte territoriale, mais oppose deux visions de l’État : un État de droit, citoyen et laïc, contre un État fondé sur des privilèges religieux et des allégeances communautaires. L’intellectuel yéménite Ahmed Nasser Hamidan, cité dans l’article, souligne que cette bataille est « substantielle » et dépasse les simples affrontements armés. Les houthistes, en ciblant les symboles républicains, cherchent à imposer leur modèle politique et religieux comme unique légitime. Cette stratégie s’accompagne de mesures concrètes, comme la taxation spécifique des « descendants du prophète » (khoms), qui renforce leur emprise économique et sociale sur les populations locales.
Les actions des houthistes ont des répercussions profondes sur la société yéménite, notamment dans les zones sous leur contrôle comme Sanaa. Les écoles y sont transformées en lieux d’endoctrinement, où l’enseignement est adapté à leur idéologie. Les populations sont soumises à une pression constante pour adopter leur vision religieuse et politique, sous peine de répression. Cette politique d’uniformisation menace la diversité culturelle et religieuse du Yémen, où cohabitent sunnites, zaydites et autres minorités. Les villes comme Taez, opposées à leur régime, tentent de résister en organisant des mobilisations populaires, mais subissent des pressions accrues.

