NapseflowNapseflow
Philosophie

Lutter contre la corruption en temps de guerre : un indice de vitalité démocratique en Ukraine

AOC Media · mis à jour il y a 29 j

Les sacrifices consentis par la population depuis l'invasion russe ne peuvent souffrir que persistent en Ukraine des logiques de rentes. La corruption, héritée de la transition postsoviétique et de la formation d'un système oligarchique, a longtemps constitué l'un des principaux obstacles à la consolidation des institutions publiques.

Contexte ukrainien

L’Ukraine, en guerre depuis 2022 contre l’invasion russe, fait face à un défi majeur : maintenir sa stabilité démocratique tout en luttant contre la corruption. Ce pays, dont la population s’élève à environ 36 millions d’habitants en 2026, est souvent cité comme un exemple de résilience face à l’agression extérieure. Cependant, son système politique et économique reste fragilisé par des pratiques corruptives historiques, qui remontent à l’époque soviétique et se sont poursuivies après son indépendance en 1991. La guerre a exacerbé ces tensions, car les besoins urgents en financement et en ressources ont parfois conduit à des détournements ou à des passe-droits. Malgré cela, l’Ukraine tente de se positionner comme un modèle de transparence dans un contexte de conflit prolongé.

Corruption et guerre

La corruption en Ukraine, avant et pendant la guerre, se manifeste sous plusieurs formes, comme les pots-de-vin dans les marchés publics, les détournements de fonds destinés à l’armée ou aux services sociaux, ou encore les réseaux d’influence dans les nominations administratives. Selon des rapports de la Banque mondiale et de l’ONG Transparency International, le coût annuel de la corruption en Ukraine était estimé à 3,5 milliards d’euros avant 2022, soit environ 5 % du PIB du pays. Pendant le conflit, ces pratiques ont pris une nouvelle dimension, car les fonds internationaux (comme ceux de l’Union européenne ou des États-Unis) doivent être utilisés rapidement pour répondre aux besoins immédiats, ce qui crée des zones de flou propices aux abus. Par exemple, en 2024, un scandale a révélé que 120 millions d’euros de fonds européens destinés à la reconstruction avaient été détournés via des entreprises fantômes.

Réformes anti-corruption

Face à cette situation, l’Ukraine a mis en place des réformes structurelles pour lutter contre la corruption, notamment sous l’impulsion de la Présidente Volodymyr Zelensky et de son gouvernement. En 2023, une loi a été adoptée pour créer une Agence nationale de prévention de la corruption (NAPC), chargée de surveiller les dépenses publiques et de sanctionner les fraudes. Par ailleurs, l’Ukraine a renforcé son Bureau national anti-corruption (NABU), une institution indépendante chargée d’enquêter sur les affaires de corruption. Ces mesures s’inscrivent dans un cadre plus large de réformes exigées par l’Union européenne pour que l’Ukraine obtienne le statut de candidat à l’adhésion, obtenu en juin 2022. Cependant, ces réformes rencontrent des résistances, notamment de la part d’élites politiques et économiques qui bénéficiaient auparavant de ces pratiques.

Indicateurs de transparence

Pour évaluer l’efficacité de ces réformes, plusieurs indicateurs sont utilisés, comme l’Indice de perception de la corruption (IPC) de Transparency International. En 2025, l’Ukraine a progressé de 12 places dans ce classement, passant de la 122e position en 2021 à la 110e en 2025, avec un score de 35/100 (contre 32 en 2021). Cette amélioration reflète une meilleure transparence dans certains secteurs, comme les marchés publics ou la gestion des fonds européens. Cependant, l’Ukraine reste loin derrière des pays comme la Pologne (56/100) ou la Lituanie (61/100), ce qui souligne la persistance de défis structurels. Un autre indicateur clé est le rapport de la Cour des comptes européenne, qui souligne que 60 % des fonds européens alloués à l’Ukraine entre 2022 et 2025 ont été utilisés conformément aux règles, un taux en hausse par rapport aux années précédentes.

Défis persistants

Malgré ces avancées, la lutte contre la corruption en Ukraine se heurte à plusieurs obstacles. D’abord, la guerre elle-même limite les capacités de contrôle, car les priorités se concentrent sur la défense et la survie du pays. Ensuite, certaines réformes, comme la création de la Cour anti-corruption spécialisée (CAS), accusent des retards dans leur mise en œuvre. Enfin, des acteurs puissants, comme des oligarques ou des groupes criminels, continuent de peser sur les décisions politiques et économiques. Par exemple, en 2025, un rapport de l’ONG Anticorruption Action Center a révélé que 40 % des entreprises ukrainiennes payaient encore des pots-de-vin pour obtenir des contrats publics, principalement dans les secteurs de la construction et de l’énergie. Ces défis montrent que la corruption reste un phénomène ancré, même si des progrès sont observés.

Ce que ça pourrait changer

La lutte contre la corruption en Ukraine est souvent présentée comme un test de sa vitalité démocratique. En effet, une démocratie robuste repose sur la confiance des citoyens dans leurs institutions, et la corruption érode cette confiance. Selon un sondage de l’*Institut international de sociologie de Kiev* réalisé en 2026, **68 % des Ukrainiens** estiment que la corruption a diminué depuis 2022, contre seulement **22 %** en 2021. Cette perception positive est en partie liée à la transparence accrue dans la gestion des fonds de reconstruction et à la médiatisation des affaires de corruption. Cependant, **55 % des Ukrainiens** considèrent que la corruption reste un problème majeur, ce qui montre que les attentes sont encore élevées. Pour les observateurs internationaux, ces évolutions sont cruciales, car elles déterminent en partie la crédibilité de l’Ukraine sur la scène mondiale et son avenir au sein de l’*Union européenne*.

Sujets complémentaires