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Généraliste

Entendre la forêt jurassique (presque) comme si vous y étiez

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 14 j

L'analyse de fossiles d’insectes a permis de recréer un paysage sonore partiel d'une forêt du Jurassique..

Reconstitution sonore jurassique

Des chercheurs ont réussi à recréer des sons produits par des insectes ayant vécu il y a 165 millions d’années, dans une forêt du Jurassique. Cette reconstitution, basée sur l’étude de fossiles, a été utilisée pour la bande sonore de la série Les dinosaures diffusée sur Netflix. L’équipe, dirigée par l’entomologiste Fernando Montealegre de l’Université Lincoln au Royaume-Uni, a analysé 20 fossiles représentant neuf espèces d’ensifères, un groupe incluant les grillons actuels et leurs proches parents. Ces insectes vivaient en Mongolie intérieure, dans la formation géologique de Haifanggou. Les sons reconstitués varient en fréquence : certains sont comparables à ceux des insectes modernes, tandis que d’autres dépassent la limite de l’audition humaine, située autour de 20 kHz.

Technique de reconstruction

Pour recréer ces sons, les scientifiques ont combiné l’étude morphologique des fossiles avec celle d’une centaine d’espèces d’insectes vivants. Ils ont utilisé des technologies avancées comme la tomodensitométrie (scanner médical) et les synchrotrons (accélérateurs de particules produisant des rayons X très puissants) pour obtenir des images en trois dimensions des fossiles, même les plus petits. Chez les grillons, la production de sons repose sur une structure spécifique des ailes : une zone bordée de petites projections en forme de dents, appelée grattoir, frotte contre une autre partie de l’aile, provoquant des vibrations. La longueur, l’espacement et la surface de cette zone déterminent la hauteur et la structure du son émis. Cependant, cette méthode ne permet pas de reproduire le rythme ou le motif temporel des sons, contrôlés par le système nerveux et les mouvements des ailes, qui ne se conservent pas dans les fossiles.

Limites de la reconstitution

Cette reconstitution sonore reste partielle, car elle se limite à un seul groupe d’insectes, les ensifères. Le paysage acoustique d’une forêt jurassique était bien plus complexe, incluant d’autres insectes, des dinosaures et des mammifères. De plus, les sons produits par les dinosaures eux-mêmes ne peuvent pas encore être reconstitués, faute de tissus mous conservés, comme les cordes vocales. Les chercheurs s’appuient sur des structures osseuses, comme les crêtes creuses des dinosaures à bec de canard, pour tenter de deviner leurs vocalisations. Selon François Therrien, paléontologue au Musée royal Tyrrell de paléontologie en Alberta, les ailes fossilisées des insectes offrent une approche plus précise, mais cette étude ne représente qu’une première étape vers une reconstitution complète des écosystèmes anciens.

Hypothèse des ultrasons

Une espèce en particulier, Sigmaboilus peregrinus, aurait pu produire des sons à des fréquences supérieures à 20 kHz, c’est-à-dire des ultrasons. Cette découverte remet en question une théorie établie selon laquelle les insectes auraient développé les ultrasons pour échapper aux chauves-souris, dont les plus anciens fossiles datent d’environ 52 millions d’années. Les chercheurs suggèrent plutôt que ces ultrasons auraient évolué pour brouiller les pistes face aux premiers mammifères terrestres prédateurs, apparus bien avant les chauves-souris. Cependant, François Therrien souligne que cette hypothèse repose sur une extrapolation à partir d’insectes modernes et nécessite davantage de preuves pour être validée. Cette étude ouvre ainsi de nouvelles pistes de recherche sur l’évolution des stratégies de communication chez les insectes.

Ce que ça pourrait changer

Cette méthode de reconstitution sonore pourrait devenir un outil précieux pour les paléontologues. François Therrien estime qu’elle permettra d’enrichir la compréhension des écosystèmes anciens dès que de nouveaux fossiles seront découverts. L’objectif ultime est de reconstituer non seulement l’apparence des animaux disparus, mais aussi leur environnement sonore, offrant une vision plus complète de leur mode de vie. Cette approche pourrait également être appliquée à d’autres périodes géologiques, permettant de mieux appréhender les interactions entre espèces dans des milieux aujourd’hui disparus. Les avancées technologiques, comme l’imagerie en 3D, jouent un rôle clé dans cette évolution des méthodes de recherche.

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