Les candidats sont en place pour construire une fusée européenne. Mais où est la France ?
L'Agence spatiale européenne a annoncé un peu plus de 500 millions d'euros de contrats pour financer un nouveau lanceur européen. Mais l'entreprise française MaiaSpace, précédemment sélectionnée, brille par son absence.
L’Europe prépare la construction d’une nouvelle fusée, un projet stratégique pour le secteur spatial du continent. Plusieurs pays européens se sont positionnés pour participer à ce programme, mais la France, historiquement leader dans l’aérospatial européen, semble absente de cette course. Ce projet s’inscrit dans un contexte de compétition mondiale accrue, notamment face aux États-Unis et à la Chine, qui développent leurs propres lanceurs spatiaux. L’Agence spatiale européenne (ESA) joue un rôle central dans la coordination de ces efforts, mais les choix industriels et politiques pourraient marginaliser la France dans cette nouvelle aventure spatiale.
Plusieurs entreprises européennes sont en compétition pour remporter le contrat de construction de la future fusée. Parmi elles, Isar Aerospace (Allemagne) et Rocket Lab (basée en Europe mais d’origine néo-zélandaise) se distinguent. Ces sociétés proposent des lanceurs légers, conçus pour mettre en orbite des petits satellites, un marché en forte croissance. L’Allemagne, avec son soutien à Isar Aerospace, mise sur l’innovation et la rapidité de développement, tandis que d’autres pays comme l’Italie ou le Royaume-Uni (via Orbex) explorent aussi cette voie. La France, en revanche, n’a pas encore présenté de projet comparable, malgré son expertise historique dans les lanceurs lourds comme Ariane.
La France, à travers le Centre national d’études spatiales (CNES) et des industriels comme ArianeGroup, a longtemps été un acteur majeur du spatial européen. Cependant, dans ce nouveau projet, elle n’apparaît pas comme un candidat direct pour la construction de la fusée. Plusieurs explications sont avancées : un recentrage sur le développement d’Ariane 6, un lanceur lourd dont le premier vol est prévu en 2024, ou encore des hésitations stratégiques face à la concurrence des nouveaux acteurs privés. Pourtant, la France reste un contributeur clé de l’ESA, avec un budget annuel de plus de 3 milliards d’euros pour le spatial, ce qui soulève des questions sur son absence dans cette compétition.
Le choix du futur lanceur européen aura des conséquences majeures pour l’industrie spatiale du continent. Les fusées légères, comme celles proposées par Isar Aerospace, répondent à un besoin croissant de lancements de petits satellites, notamment pour les constellations de télécommunications ou d’observation de la Terre. À l’inverse, l’Europe reste dépendante des États-Unis pour les lancements de satellites lourds, une situation que la France souhaite préserver via Ariane 6. Ce projet de nouvelle fusée européenne pourrait donc redéfinir les équilibres industriels, avec des gagnants et des perdants. La France, en ne participant pas activement, risque de perdre des parts de marché face à des concurrents comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni.
Ce projet illustre les tensions au sein de l’Union européenne sur la stratégie spatiale. Certains pays, comme l’Allemagne, misent sur des partenariats public-privé et une approche plus agile, tandis que la France défend une vision plus traditionnelle, centrée sur des lanceurs lourds et une autonomie stratégique. La question de la coordination entre les États membres de l’ESA se pose donc avec acuité. Sans une implication forte de la France, l’Europe pourrait se fragmenter, avec des programmes nationaux concurrents plutôt qu’un effort commun. Ce scénario affaiblirait la position de l’Europe face aux États-Unis, à la Chine ou même à l’Inde, qui développent leurs propres capacités spatiales.

