La dette de l’IA explose et accélère la hausse des taux d’intérêt aux États-Unis
Les géants du secteur n’avaient pratiquement aucune dette en 2024; elle s’élève aujourd’hui à plus de 500 milliards..
Le secteur de l’intelligence artificielle (IA) aux États-Unis emprunte massivement pour financer son développement. Entre janvier et octobre 2026, les acteurs de l’IA ont contracté une dette de près de 500 milliards de dollars, contre presque rien en 2024. Cette somme sert à payer les infrastructures nécessaires comme les puces électroniques, les serveurs et les centres de données. Goldman Sachs prévoit que cette dette pourrait atteindre 1 200 milliards de dollars en 2027. La part de l’IA dans les émissions obligataires privées est passée de 4 % il y a deux ans à 25 % aujourd’hui, selon Chris Della Fave, expert en levée de fonds. Ce montant dépasse même les dettes accumulées par les câblo-opérateurs lors de l’expansion d’Internet ou les compagnies ferroviaires lors de la révolution industrielle aux États-Unis, une fois ajusté de l’inflation.
Pour attirer les investisseurs, les entreprises de l’IA doivent proposer des taux d’intérêt (rendements) très élevés sur leurs obligations. Par exemple, Meta a dû offrir un rendement de plus de 7 % par an, tandis que des spécialistes du cloud (stockage et traitement de données à distance) ont dû monter jusqu’à 9 %. Ces rendements élevés s’expliquent par le volume croissant d’obligations émises : plus il y a de dettes, plus les investisseurs exigent des compensations financières pour les acheter. Mark Malek, responsable d’investissement chez Siebert Financial, souligne que cette dynamique exerce une pression sur les taux d’emprunt du gouvernement américain. En effet, les investisseurs peuvent choisir entre acheter des obligations d’État (bons du Trésor) ou celles des entreprises technologiques, ce qui influence directement le coût de la dette publique.
La hausse des taux d’intérêt dans le secteur privé se répercute sur les taux souverains américains, c’est-à-dire ceux des emprunts d’État. Le taux des obligations américaines à 10 ans, une référence majeure pour les marchés financiers, atteint actuellement 5,30 %, un niveau inédit depuis 2002. Cette augmentation est alimentée par deux facteurs principaux : l’inflation, elle-même stimulée par la guerre contre l’Iran et la flambée des prix de l’énergie, et l’afflux massif de dettes privées, notamment celles liées à l’IA. Chris Della Fave estime que même si la guerre ou les prix de l’énergie baissaient, les rendements ne redescendraient pas significativement en raison de l’influence persistante de la dette IA sur le marché.
Les fonds spéculatifs, qui détenaient jusqu’à 7 % des bons du Trésor américains fin 2025, pourraient rapidement réorienter leurs placements vers des obligations plus rentables, comme celles du secteur technologique. Cette instabilité aggrave les risques de correction sur les marchés, c’est-à-dire une chute brutale des valorisations des actifs financiers. Mark Malek, de Siebert Financial, met en garde contre un possible effet de contagion : si une entreprise clé comme Oracle, spécialiste du cloud, rencontre des difficultés financières (dette de 125 milliards de dollars, trésorerie en baisse, retards sur un projet), cela pourrait déclencher une crise plus large affectant l’ensemble de la dette liée à l’IA. La Banque d’Angleterre a déjà alerté sur un risque accru de correction, notamment sur les marchés technologiques comme le NASDAQ, qui a chuté de près de 7 % en juillet 2026.
Les investisseurs doivent désormais composer avec un marché obligataire plus risqué et moins prévisible. Les obligations émises par les entreprises technologiques, bien que potentiellement très rentables, présentent des dangers accrus. Un ralentissement du développement de l’IA, des retards dans la construction des infrastructures ou une croissance insuffisante des revenus pourraient entraîner une baisse brutale des valorisations. Mark Malek souligne que même des acteurs majeurs comme Oracle, dont la trésorerie se réduit chaque trimestre, pourraient devenir des indicateurs de crise. Cette situation rappelle que la dette massive du secteur technologique, bien que justifiée par des perspectives de croissance, expose les marchés à des chocs imprévus, avec des répercussions possibles sur l’économie réelle.

