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Sciences

Les corallines, dures mais sensibles

Québec Science · mis à jour il y a 17 j

Ces algues corallines aux allures de pierre sont menacées par l’acidification des océans..

Des algues en forme de pierre

Les algues corallines encroûtantes sont des organismes marins qui ressemblent à des croûtes roses ou rouges, dures comme de la pierre, mais qui appartiennent en réalité à la famille des algues rouges. Leur particularité réside dans leur paroi cellulaire renforcée par l’accumulation de carbonate de calcium, un minéral également présent dans les coquilles des mollusques comme les huîtres ou les moules. Cette structure leur donne une rigidité comparable à celle des roches, d’où leur nom trompeur. Contrairement aux coraux, ces algues ne sont pas des animaux, mais des végétaux marins microscopiques capables de former des dépôts calcaires. Leur apparence solide les fait souvent confondre avec des éléments minéraux, alors qu’elles jouent un rôle écologique essentiel dans les écosystèmes côtiers.

Un écosystème menacé

Les algues corallines sont particulièrement vulnérables à l’acidification des océans, un phénomène causé par l’absorption excessive de dioxyde de carbone (CO₂) par les eaux marines. Lorsque le CO₂ se dissout dans l’eau, il réagit pour former de l’acide carbonique, ce qui diminue le pH de l’eau et réduit la disponibilité des ions carbonate nécessaires à la formation du carbonate de calcium. Or, ces ions sont indispensables aux corallines pour construire et maintenir leur structure calcaire. Leur déclin menace des écosystèmes entiers, car ces algues servent d’abri et de nourriture à de nombreuses espèces marines, comme les petits crustacés ou les juvéniles de poissons. Leur disparition pourrait donc fragiliser des chaînes alimentaires déjà fragiles.

Un laboratoire naturel

La région de Rimouski, dans l’estuaire maritime du fleuve Saint-Laurent (Québec, Canada), constitue un site d’étude privilégié pour observer ces algues. Les zones côtières peu profondes y abritent des croûtes de corallines bien visibles, offrant aux chercheurs comme Johanna Vega Sequeda (UQAR) l’opportunité d’étudier leur développement à l’aide de microscopes numériques à très haute résolution. Ces outils permettent de visualiser les détails de leur structure et d’analyser leur réaction face aux changements environnementaux. Les corallines y sont étudiées non seulement pour leur rôle écologique, mais aussi comme indicateurs de la santé des océans, car leur sensibilité aux variations chimiques en fait des sentinelles idéales des perturbations environnementales.

Ce que ça pourrait changer

L’acidification des océans est un problème mondial, accéléré par les émissions de CO₂ d’origine humaine. Selon les scientifiques, le pH des océans a déjà diminué de *0,1 unité* depuis le début de l’ère industrielle, une baisse qui pourrait atteindre *0,3 à 0,4 unité* d’ici 2100 si les émissions ne sont pas réduites. Cette acidification affecte directement les organismes calcifiants, comme les corallines, mais aussi les coraux et certains planctons. Les chercheurs soulignent l’urgence de mieux comprendre ces mécanismes pour protéger les écosystèmes marins. Des solutions comme la réduction des émissions de CO₂ ou la création d’aires marines protégées pourraient contribuer à préserver ces espèces essentielles, bien que leur mise en œuvre reste complexe à l’échelle planétaire.

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