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Les pays des BRICS exhortent à la «retenue maximale» au Moyen-Orient

Le Devoir · mis à jour il y a 8 j

Le bloc diplomatique, qui regroupe notamment la Chine et la Russie, est réuni en Inde ce week-end..

Sommet des BRICS à New Delhi

Les onze pays membres du bloc diplomatique des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, Iran, Émirats arabes unis, Égypte, Éthiopie, Arabie saoudite et Argentine) se sont réunis pour un sommet de deux jours à New Delhi, en Inde, ce week-end. Ce forum, créé en 2009, regroupe des économies émergentes qui cherchent à s’affranchir de l’influence des puissances occidentales comme les États-Unis. Les BRICS représentent 50 % de la population mondiale, 40 % du PIB mondial et plus d’un quart du commerce international, selon le dirigeant indien Narendra Modi. Le sommet de 2024 marque une étape importante, avec la présence du président chinois Xi Jinping, absent de l’Inde depuis 2019 en raison de tensions frontalières dans l’Himalaya. Les discussions ont porté sur des enjeux géopolitiques majeurs, notamment les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine.

Appel à la retenue maximale

Les dirigeants des BRICS ont adopté une déclaration commune appelant à la «retenue maximale» dans le conflit opposant l’Iran aux États-Unis au Moyen-Orient. Ils expriment une «vive préoccupation face à l’escalade continue des tensions» dans la région et demandent aux parties de «éviter les actions susceptibles d’aggraver la situation». Cette position reflète une volonté de désamorcer les risques d’un conflit plus large, alors que les tensions entre l’Iran et Israël, soutenus par les États-Unis, se sont intensifiées. Pékin et Moscou, deux membres clés des BRICS, entretiennent des relations économiques avec l’Iran malgré les sanctions américaines. Par exemple, la Chine et la Russie continuent de commercer avec Téhéran, tandis que les Émirats arabes unis ont suspendu leurs échanges avec l’Iran après avoir été ciblés par des missiles iraniens en août 2024.

Position de l’Iran et des Émirats

Le président iranien Massoud Pezeshkian et le prince héritier émirati cheikh Khaled ben Mohamed ben Zayed Al Nahyane se sont rencontrés en marge du sommet, marquant une tentative de dialogue entre les deux pays. L’Iran, qui rejette la présence d’un «gendarme» (c’est-à-dire les États-Unis) dans la région, a affirmé que la sécurité du Moyen-Orient ne pouvait être garantie que par ses acteurs locaux. Cette position s’inscrit dans un contexte où l’Iran a verrouillé le détroit d’Ormuz, une voie maritime stratégique par laquelle transitait 20 % du pétrole mondial avant la guerre. Ce blocage a provoqué une hausse des prix du baril de pétrole, qui a dépassé 100 dollars cette semaine. Les discussions entre les deux dirigeants visent à apaiser les tensions, notamment après des échanges militaires récents.

Rôle de la Chine et de l’Inde

Le président chinois Xi Jinping a souligné que la guerre au Moyen-Orient ne servait pas les «intérêts communs» et a appelé les BRICS à s’opposer aux «violations de souveraineté». Il a également insisté sur la nécessité de préserver la paix et de rejeter le «protectionnisme», c’est-à-dire les politiques commerciales restrictives qui favorisent un pays au détriment des autres. Xi Jinping a rencontré son homologue indien Narendra Modi en marge du sommet, une rencontre notable car les relations entre les deux pays restent tendues depuis un accrochage militaire meurtrier en 2020. Malgré ces tensions, les deux dirigeants ont réaffirmé leur volonté de renforcer la communication et la coopération. Modi a par ailleurs appelé le «Sud global» (les pays en développement) à jouer un rôle plus important dans les décisions mondiales, critiquant une «structure pyramidale» où ces pays sont en première ligne des crises mais en dernière ligne des prises de décision.

Économie et commerce mondial

Les BRICS ont réaffirmé leur soutien à un «système commercial multilatéral non discriminatoire», centré sur l’Organisation mondiale du commerce (OMC), dans leur déclaration commune. Ce système vise à garantir des échanges équitables, transparents et prévisibles, en opposition aux politiques protectionnistes comme celles promues par l’administration Trump aux États-Unis. Xi Jinping, dont la visite à Washington est prévue dans deux semaines, a appelé le bloc à «rejeter toutes les formes de protectionnisme» et à soutenir le multilatéralisme. Les BRICS représentent une part majeure de l’économie mondiale, et leurs décisions ont un impact sur les prix de l’énergie, des matières premières et des échanges commerciaux. Leur position commune envoie un signal fort contre les tensions commerciales et les sanctions unilatérales.

Ce que ça pourrait changer

Alors que le conflit en Ukraine était un sujet de discussion entre le Premier ministre indien Narendra Modi et le président russe Vladimir Poutine, la déclaration commune des BRICS publiée en fin de journée n’a fait **aucune mention de l’Ukraine**. Cette omission peut s’expliquer par les divergences de positions au sein du groupe : si la Russie soutient ouvertement l’invasion de l’Ukraine, d’autres membres comme l’Inde ou le Brésil adoptent une position plus neutre. Le sommet a cependant permis aux deux dirigeants de **«partager leurs perspectives»** sur les crises régionales, sans que cela ne se traduise par une prise de position officielle du bloc. Cette discrétion contraste avec les appels clairs des BRICS en faveur de la retenue au Moyen-Orient.

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