« On panse encore nos plaies » : les fantômes du 11-Septembre, 25 ans plus tard
Radio-Canada s'est rendu à New York pour donner la parole à ceux qui sont encore habités par la tragédie..
Le 11 septembre 2026 marque le 25e anniversaire des attentats du 11-Septembre à New York, avec des cérémonies organisées chaque année sur le site de Ground Zero, où se dressaient autrefois les tours jumelles du World Trade Center. Ces commémorations rendent hommage aux 2 753 victimes des attaques perpétrées par le groupe djihadiste Al-Qaïda en 2001. À Manhattan, des bassins remplacent désormais les anciennes tours et symbolisent le vide laissé par la tragédie. Les cérémonies incluent des hommages silencieux, comme celui d’Orlando Avilas, un ancien secouriste qui fixe le bassin en mémoire de son collègue David Marc Sullins, mort à 30 ans lors des attentats. Les manifestations s’étalent sur une semaine, avec des moments de recueillement et des hommages publics.
Les conséquences des attentats du 11-Septembre s’étendent bien au-delà des 2 753 victimes directes. Plus de 9 000 personnes sont décédées depuis de maladies liées à l’exposition aux toxines présentes dans l’air de Ground Zero après les attaques, notamment des cancers, des maladies respiratoires chroniques et des troubles cardiovasculaires. Orlando Avilas, un ancien secouriste présent ce jour-là, souffre d’un cancer de stade 4 qui a commencé au niveau colorectal avant de se propager au foie. Peter Bitwinski, un autre survivant, a subi une dizaine de chirurgies pour des tumeurs cancéreuses de la peau. Ces séquelles rappellent que les attentats ont eu un impact durable sur la santé des personnes exposées aux poussières toxiques, un problème reconnu par les autorités locales et fédérales.
Pour de nombreux survivants, le devoir de mémoire est une mission quotidienne. Peter Bitwinski, un ancien employé des autorités portuaires de New York, organise chaque mardi des visites guidées gratuites sur le site du mémorial pour raconter son histoire aux passants. Il avait déjà survécu à l’attentat de 1993 contre le World Trade Center, où un camion piégé avait fait 6 morts et plus de 1 000 blessés. Peter souligne l’importance de partager ces récits pour les générations futures, notamment pour les jeunes qui n’étaient pas nés en 2001. Il décrit le processus de guérison comme un « processus perpétuel », soulignant que les plaies ne se referment jamais complètement.
Lizzie Hinshaw, une jeune femme de 28 ans originaire du Colorado, a visité pour la première fois le mémorial du 11-Septembre en 2026. Elle n’avait que 3 ans lors des attentats, ce qui rend ces événements lointains pour elle. Malgré cette distance temporelle, elle ressent une profonde émotion en se recueillant sur le site. Lizzie exprime aussi sa tristesse face à la répétition des conflits internationaux depuis 2001, estimant que les États-Unis n’ont pas tiré les leçons de cette tragédie. Elle critique la diabolisation de certains pays étrangers et souligne que la sécurité aux États-Unis n’est pas absolue, malgré les discours officiels.
Les commémorations du 11-Septembre ne sont pas exemptes de tensions politiques. Une trentaine de proches de victimes ont manifesté devant l’hôtel de ville de New York pour protester contre la participation du maire Zohran Mamdani à la cérémonie officielle. Ils l’accusent de manquer de respect aux victimes en ayant nommé un avocat ayant représenté un détenu de Guantánamo lié à Al-Qaïda comme conseiller juridique en chef de la mairie. Plus de 100 000 personnes ont signé une pétition contre sa présence, bien que les manifestants insistent sur le fait que leur opposition n’est pas liée à sa religion musulmane, mais à ses choix politiques perçus comme irrespectueux.
Depuis 2002, le 11-Septembre est aussi devenu une Journée nationale du service et du souvenir, transformant cette date tragique en une journée d’action citoyenne. L’initiative, portée par l’organisme 9/11 Day, mobilise plus de 50 000 bénévoles dans 50 États américains pour préparer 18 millions de repas et lutter contre l’insécurité alimentaire. David Paine et Jay Winuk, cofondateurs de l’organisme, ont lancé ce projet après la perte de leur frère et ami Glenn, un pompier volontaire mort dans les attentats. Pour eux, cette journée incarne l’idée que « ce qui nous unit est plus puissant que ce qui nous divise », offrant une leçon d’humilité et de solidarité.
La conception du mémorial du 11-Septembre à *Ground Zero* a été marquée par une initiative unique de démocratie participative. Carolyn Lukensmeyer, ancienne conseillère à la Maison-Blanche, a dirigé une ONG appelée *AmericaSpeaks* qui a réuni 5 000 citoyens new-yorkais, dont des proches de victimes, pour façonner la reconstruction du site. Cette démarche visait à impliquer directement les habitants dans les décisions concernant un lieu symbolique, faisant de ce projet l’une des plus grandes initiatives de démocratie participative aux États-Unis. L’objectif était de créer un espace de recueillement qui reflète les valeurs de transparence et d’inclusion.

