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Environnement

Pour une écologie érotique : jouir pour sauver le monde ?

Terrestres · mis à jour il y a 8 j

Et si la jouissance (re)devenait politique ? C’est ce que défend la philosophe écoféministe Myriam Bahaffou dans un essai au croisement des pensées décoloniales et autochtones, qui imagine une éthique environnementale où le plaisir cesse d’être oublié et où les autres qu’humains sont à la fois désirés et désirants. Un ‘date’ avec le vivant qui fait du bien.

Crise écologique globale

L'article décrit un contexte mondial marqué par des crises multiples et interconnectées. Les températures estivales atteignent des niveaux extrêmes, symbolisant l'urgence climatique. Les conflits armés au Liban et en Palestine durent depuis 1000 jours, illustrant une violence persistante. Les espèces sauvages et autochtones subissent un processus d'éradication massive, tandis que les frontières se rigidifient et les réseaux de travail exploitent des populations toujours plus nombreuses. Ce tableau évoque un système politique et climatique comparable à un camp de travail forcé, où la mondialisation est perçue comme un échec cuisant. Ces éléments illustrent une crise systémique touchant à la fois l'environnement, les droits humains et les structures sociales.

Désir et pouvoir

L'article aborde le concept de désir-conquête, défini comme une forme de désir orientée vers la possession et la domination, caractéristique des systèmes capitalistes, patriarcaux et coloniaux. Ce désir, souvent associé à la jouissance, se manifeste par des passions dévorantes comme l'envie, la jalousie ou le ressentiment. Il est illustré par des exemples comme le marché de l'amour, du divertissement ou de la liberté, où ces émotions sont exploitées pour stimuler la consommation. Le philosophe Pierre Niedergang souligne que là où il y a désir et plaisir, il y a aussi du pouvoir à analyser. Cette dynamique est décrite comme un moteur central du capitalisme des affects, qui génère insatisfaction et dépression collective.

Érotisme et jouissance

L'érotisme est présenté comme une notion bien plus large que la simple pornographie. En grec, éramai signifie aimer, et en psychanalyse, Eros désigne une pulsion de vie, désexualisée. Michel Foucault définit le plaisir comme un événement qui se produit hors sujet, à la limite du sujet ou entre deux sujets. La jouissance, équivalent du plaisir, implique une perte de cohérence personnelle, une expérience qui dépasse l'individu. Contrairement au désir-conquête, qui vise la possession, jouir implique de se laisser déstabiliser par un excès. Cette idée est illustrée par des exemples comme l'orgasme, la transe ou des plaisirs quotidiens. La question politique centrale devient alors : quelles structures de pouvoir permettent cette sortie du sujet plutôt que son renforcement ?

Érotique de la prédation

L'article introduit le concept d'érotique de la prédation, développé par des auteur·e·s comme Sayak Valencia dans Capitalisme gore. Cette érotique se caractérise par une jouissance liée à la destruction d'autrui, visible dans des phénomènes comme le drill baby drill de Trump, les deep-fakes de la culture pédocriminelle, ou les attentats contre des événements comme la Pride. Elle se manifeste aussi dans la conversion des catastrophes écologiques en opportunités économiques, comme la construction de parcs d'attractions par des entreprises pétrolières. Cette dynamique est qualifiée de gore patriarcal-capitaliste et colonial, où la souffrance d'autrui devient une source de plaisir et de profit pour les classes dirigeantes.

Écologie et relations

L'article propose une vision de l'écologie centrée sur les relations plutôt que sur la simple conservation. Inspiré par des mouvements écoféministes, décoloniaux et autochtones, ce courant invite à repenser l'écologie comme une intimité avec le monde, où les autres qu'humains sont perçus comme des êtres désirants et désirables, et non comme des objets. L'écologie érotique, telle que définie par Daniel T. Spencer dans Gay and Gaia, considère que la biologie doit être une biologie de l'amour, où le plaisir et la joie jouent un rôle central. Cette approche s'oppose à une écologie purement sacrificielle ou culpabilisante, en mettant l'accent sur le dialogue, l'amour et la physicalité des liens terrestres.

Peur du plaisir en écologie

L'article critique une tendance, tant dans les milieux féministes qu'écologistes, à considérer le plaisir comme un danger ou une distraction face aux crises globales. Cette vision, qualifiée de fataliste, donne trop de pouvoir aux systèmes de domination en les présentant comme inévitables. Elle conduit à une méfiance envers la jouissance, perçue comme superficielle ou insultante face à des problèmes comme les génocides ou la destruction climatique. Pourtant, des auteur·e·s comme Michaël Foessel (Quartier rouge) ou Joseph Andras soulignent que la justice sociale aspire à une vie bonne, non seulement vivable mais aussi dégustée, où le plaisir a une dimension existentielle et collective. Cette vision s'inscrit dans une écologie du plus-qu'humain, où le plaisir est un vecteur de liens et de soutenabilité.

Ce que ça pourrait changer

L'article défend l'idée que l'écologie érotique offre une réponse aux crises systémiques actuelles. Elle propose de repenser les relations avec le monde vivant, humain et non humain, non par la peur ou le sacrifice, mais par le désir, l'amour et la joie. Cette approche s'appuie sur des concepts comme la *soutenabilité des relations*, où chaque entité, des molécules d'air aux écosystèmes, est liée par des affects et des désirs partagés. Elle s'inspire des écoféminismes, des écologies décoloniales et autochtones, et des travaux de penseur·e·s comme Lynn Margulis ou Daniel T. Spencer. L'objectif est de créer un monde où la jouissance n'est pas une fuite égoïste, mais un acte politique de résistance et de revitalisation collective.

Sujets complémentaires

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