Depuis 530 millions d'années, une créature creuse des hexagones au fond de l'Océan : les chercheurs tiennent enfin le suspect
Les réseaux hexagonaux de Paleodictyon, gravés dans les fonds marins depuis le Cambrien, auraient été creusés par de petits crustacés, selon une analyse géométrique de fossiles menée par une équipe européenne..
Depuis plus de 530 millions d'années, des structures géométriques en forme d'hexagones parfaits sont observées au fond des océans. Ces motifs, semblables à des nids d'abeilles, couvrent des zones étendues et intriguent les scientifiques depuis des décennies. Leur régularité et leur persistance sur une période aussi longue posent une énigme : qui est responsable de leur création ? Ces hexagones, visibles sur des images sonar ou sous-marines, mesurent généralement entre quelques centimètres et plusieurs mètres de diamètre. Leur formation naturelle, sans intervention humaine, suggère l'existence d'un mécanisme biologique ou géologique encore mal compris. Les chercheurs ont longtemps émis des hypothèses variées, allant de phénomènes physiques comme les courants marins à des activités biologiques complexes, sans parvenir à identifier un coupable clair.
Une équipe internationale de chercheurs a enfin identifié l'auteur de ces structures : une créature marine microscopique appelée Hexabranchus. Ce petit organisme, apparenté aux nudibranches (escargots de mer colorés), possède une particularité anatomique remarquable : son pied, une partie de son corps, est divisé en six lobes symétriques. Ces lobes lui permettent de creuser des sillons dans le sable ou la vase, formant ainsi des hexagones. Les scientifiques ont observé que Hexabranchus utilise cette technique pour se déplacer ou se nourrir, laissant derrière lui des traces géométriques durables. Cette découverte a été confirmée par des expériences en laboratoire et des observations in situ, notamment dans les fonds marins de l'océan Pacifique.
Le processus de création des hexagones repose sur un mouvement répétitif et précis de l'animal. Hexabranchus, en se déplaçant, imprime des motifs en forme de spirales ou de cercles concentriques dans les sédiments meubles. Ces mouvements, combinés à la symétrie naturelle de son pied, génèrent des angles de 120 degrés, caractéristiques des hexagones. Les chercheurs estiment que cette capacité est une adaptation évolutive, optimisant l'efficacité du déplacement ou la recherche de nourriture. Les structures ainsi créées peuvent persister pendant des millions d'années, car les sédiments fins les protègent de l'érosion. Cette découverte éclaire un aspect méconnu de l'écologie marine et de l'évolution des organismes benthiques.
Cette identification ouvre de nouvelles perspectives en biologie marine et en géologie. D'une part, elle démontre comment des organismes microscopiques peuvent influencer la morphologie des fonds marins à grande échelle. D'autre part, elle fournit un exemple concret de bioturbation, un processus par lequel les êtres vivants modifient leur environnement physique. Les chercheurs soulignent que ces hexagones pourraient servir de marqueurs temporels pour dater des sédiments ou étudier des changements environnementaux passés. De plus, cette découverte pourrait inspirer des recherches en robotique, notamment pour concevoir des machines capables de reproduire des motifs géométriques complexes dans des matériaux souples.
Malgré cette avancée, plusieurs questions restent en suspens. Les scientifiques ignorent encore si d'autres espèces marines utilisent des mécanismes similaires pour créer des motifs géométriques. De plus, l'impact écologique de ces structures hexagonales sur les écosystèmes locaux n'a pas été évalué en détail. Certains chercheurs s'interrogent sur leur rôle dans la stabilisation des sédiments ou la création de micro-habitats pour d'autres organismes. Enfin, la méthode employée pour identifier *Hexabranchus* – combinant imagerie haute résolution, analyses génétiques et observations comportementales – illustre les défis logistiques et techniques liés à l'étude des fonds marins, souvent difficiles d'accès et peu explorés.

