OpenAI affirme avoir résolu une partie d’un problème de maths du millénaire, malgré des accusations de plagiat
OpenAI dit avoir fait plancher un de ses modèles internes sur les équations de Navier-Stokes, l'un des sept problèmes à un million de dollars des mathématiques. Sauf que l'entreprise ne réclame pas le prix, et qu'un mathématicien l'accuse par ailleurs de lui avoir soufflé sa méthode..
Les problèmes du prix du millénaire sont sept défis mathématiques non résolus, sélectionnés en 2000 par l’institut Clay (États-Unis). Chacun est doté d’un prix d’un million de dollars (environ 860 000 €). À ce jour, seul un problème a été résolu : la conjecture de Poincaré, démontrée en 2003 par Grigori Perelman. Les équations de Navier-Stokes font partie de ces défis. Elles décrivent le mouvement des fluides (eau, air, sang) et posent une question centrale : leurs solutions restent-elles toujours régulières ou peuvent-elles devenir infiniment chaotiques en un temps fini ? Ces équations sont essentielles pour la météo, l’aéronautique ou la médecine.
Le 8 septembre 2026, OpenAI a annoncé qu’un de ses modèles d’IA avait produit une preuve partielle des équations de Navier-Stokes. Cette preuve, longue de 165 pages, a été vérifiée par Lean, un langage informatique qui valide chaque étape logique. OpenAI a mobilisé environ 10 000 agents (unités de calcul) pendant 88 heures, pour un coût estimé à « millions de dollars ». Sam Altman, PDG d’OpenAI, a relayé l’information sur X (ex-Twitter). Cependant, cette preuve n’a pas encore été validée par des mathématiciens indépendants. OpenAI précise qu’elle ne revendique pas le prix du millénaire, mais revendique une avancée majeure.
Tristan Buckmaster (université de New York) et Levent Alpöge (Anthropic, concurrent d’OpenAI) ont publié leurs propres travaux sur des équations voisines de Navier-Stokes le même jour. Buckmaster accuse OpenAI d’avoir utilisé leur méthode, obtenue via des outils comme Codex (ancêtre de GPT), pour accélérer sa propre recherche. OpenAI nie catégoriquement, affirmant n’avoir accédé à aucun de leurs travaux avant leur publication. Buckmaster souligne aussi qu’OpenAI admet avoir utilisé des données d’entraînement postérieures à leurs découvertes, ce qui soulève des questions éthiques. La polémique porte sur l’intégrité scientifique et la concurrence entre entreprises.
Selon Sam Altman, OpenAI avait proposé une collaboration avec Buckmaster et Alpöge pour publier une solution commune. OpenAI aurait même suggéré que Buckmaster soit l’auteur principal, afin qu’il puisse prétendre au prix du millénaire. Cependant, Alpöge, employé chez un rival, n’aurait pas répondu aux sollicitations. Altman explique que la publication des travaux des deux chercheurs a forcé OpenAI à accélérer sa propre recherche. Sébastien Bubeck, responsable de l’équipe mathématiques d’OpenAI, a publié des captures d’écran pour prouver ses tentatives de coordination, tout en niant toute malveillance.
La preuve d’OpenAI doit encore être examinée par la communauté mathématique internationale. Pour être reconnue, elle doit être publiée dans une revue à comité de lecture et obtenir une acceptation générale pendant au moins deux ans avant de prétendre au prix. Les règles strictes de l’institut Clay excluent toute solution non validée. Par ailleurs, les équations de Navier-Stokes restent un défi ouvert : même si la preuve d’OpenAI est correcte, elle ne résout qu’une partie du problème. Les vortex (tourbillons) décrits dans leur travail illustrent un scénario où un fluide pourrait devenir chaotique en un temps fini, mais cela ne clôt pas la question dans tous les cas possibles.
Le déploiement de 10 000 agents pendant 88 heures a coûté « millions de dollars » à OpenAI, selon leurs propres estimations. Cela implique l’échange de millions de messages et la consommation de milliards de *tokens* (unités de texte traitées par l’IA). OpenAI présente son modèle comme « bien plus performant » que *GPT-6 Astra*, sorti peu avant. Ce modèle utilise des *benchmarks* (tests de performance) pour mesurer ses progrès, mais son apprentissage se poursuit. Malgré ce coût élevé, le prix du millénaire (1 million de dollars) ne suffirait pas à couvrir ces dépenses, soulignant l’écart entre recherche académique et innovation industrielle.

