Planter des arbres ne suffit pas pour rafraîchir une ville : certaines essences peuvent même aggraver la pollution
Les arbres en ville abaissent la température, mais leur feuillage émet de l'isoprène. Quand il fait très chaud, ce gaz réagit avec la pollution automobile et produit de l'ozone, irritant pour les voies respiratoires..
Planter des arbres en ville est souvent présenté comme une solution pour lutter contre les îlots de chaleur urbains, ces zones où les températures sont significativement plus élevées qu’en périphérie. En effet, les arbres fournissent de l’ombre et libèrent de l’eau par évapotranspiration, un processus naturel qui rafraîchit l’air ambiant. Cependant, cette approche ne suffit pas à elle seule pour refroidir efficacement une ville. Certaines essences d’arbres, en fonction de leur espèce, de leur taille ou de leur localisation, peuvent même contribuer à aggraver la pollution atmosphérique au lieu de l’atténuer. L’article souligne que le choix des espèces végétales est crucial pour maximiser les bénéfices climatiques et environnementaux en milieu urbain.
Certaines espèces d’arbres, comme le Platane ou le Tilleul, émettent des composés organiques volatils (COV) en grande quantité, notamment sous l’effet de la chaleur. Ces COV réagissent avec les polluants présents dans l’air, comme les oxydes d’azote (NOx) émis par les véhicules, pour former de l’ozone troposphérique (O3), un polluant nocif pour la santé respiratoire. Par exemple, une étude citée dans l’article indique que les arbres à feuilles caduques, comme le Chêne, peuvent libérer jusqu’à 10 fois plus de COV que d’autres espèces comme le Charme ou le Frêne. Ces réactions chimiques transforment donc les arbres en sources indirectes de pollution plutôt qu’en solutions pour rafraîchir l’air.
Les composés organiques volatils (COV) sont des substances chimiques qui s’évaporent facilement à température ambiante. Ils sont émis naturellement par les arbres, mais aussi par les peintures, les solvants ou les véhicules. En milieu urbain, ces COV réagissent avec les oxydes d’azote (NOx), des gaz polluants issus des pots d’échappement, pour former de l’ozone troposphérique (O3), un polluant secondaire qui irrite les voies respiratoires et aggrave les maladies comme l’asthme ou les bronchites chroniques. L’article précise que l’ozone troposphérique est responsable de près de 16 000 décès prématurés par an en France, selon les données de Santé publique France. Les arbres émetteurs de COV contribuent donc indirectement à ce problème sanitaire.
Pour éviter d’aggraver la pollution tout en bénéficiant des effets rafraîchissants des arbres, les experts recommandent de privilégier des essences locales et peu émettrices de COV. Par exemple, le Charme (Carpinus betulus), le Frêne (Fraxinus excelsior) ou le Tilleul à petites feuilles (Tilia cordata) sont des choix adaptés. Ces arbres libèrent moins de COV et résistent mieux aux conditions urbaines, comme la pollution ou les sols compactés. Une étude menée à Paris a montré que remplacer 30 % des platanes par des frênes pourrait réduire les émissions de COV de 15 % en été, tout en améliorant la qualité de l’air. Ces essences sont aussi plus résistantes aux maladies et nécessitent moins d’entretien.
Planter des arbres ne suffit pas : il faut une approche globale pour rafraîchir les villes. Les urbanistes et écologues suggèrent de combiner plusieurs solutions, comme l’utilisation de revêtements perméables pour limiter les îlots de chaleur, la création de corridors verts pour favoriser la circulation de l’air, ou encore l’installation de fontaines et de brumisateurs. Une étude de l’Agence de la transition écologique (ADEME) indique que ces mesures, combinées à un choix judicieux d’essences, peuvent réduire les températures urbaines de 2 à 4 °C en moyenne. L’article insiste sur l’importance de ne pas considérer les arbres comme une solution miracle, mais comme un élément parmi d’autres d’une stratégie environnementale intégrée.
Les collectivités locales et les gouvernements ont un rôle clé à jouer pour encadrer le choix des essences plantées en ville. En France, des réglementations comme le *Plan national de rafraîchissement urbain* encouragent les municipalités à privilégier des espèces adaptées aux enjeux climatiques et sanitaires. Par exemple, la ville de Lyon a lancé un programme de remplacement des platanes par des essences locales, comme le *Micocoulier*, pour limiter les émissions de COV. Ces politiques visent à concilier les objectifs de rafraîchissement urbain avec ceux de la qualité de l’air, tout en préservant la biodiversité locale. L’article souligne que sans un cadre strict, les projets de végétalisation urbaine risquent de produire des effets contre-productifs.

