RDC : le “message ferme” de l’opposition contre un troisième mandat de Tshisekedi
La coalition C64, qui s’oppose à toute révision constitutionnelle ouvrant la voie à un troisième mandat pour le président Félix Tshisekedi, a manifesté dans plusieurs villes congolaises. Encadrée par un important dispositif policier à Kinshasa, la marche a tourné à l’affrontement et Martin Fayulu, principale figure de l’opposition, a été blessé.
Le 15 septembre 2026, la coalition C64, regroupant plusieurs partis d'opposition en République démocratique du Congo (RDC), a organisé des manifestations dans plusieurs villes du pays pour s'opposer à une éventuelle révision constitutionnelle permettant au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat. Cette coalition tire son nom de l'article 64 de la Constitution congolaise, qui stipule que tout citoyen doit s'opposer à une prise de pouvoir illégale. Les leaders de l'opposition, dont Martin Fayulu, Moïse Katumbi et Jean-Marc Kabund, ont appelé à la mobilisation. À Kinshasa, la capitale, la marche a dégénéré en affrontements avec les forces de l'ordre, et Martin Fayulu a été blessé. L'opposition dénonce également des arrestations et des répressions dans d'autres villes comme Lubumbashi.
Félix Tshisekedi, au pouvoir depuis 2019, arrive au terme de son second mandat en 2028. La Constitution congolaise limite à deux le nombre de mandats présidentiels et interdit toute révision de cette disposition. Pourtant, Tshisekedi a fait adopter une loi permettant de modifier la Constitution via une assemblée constituante et un référendum, ce qui pourrait lui ouvrir la voie à un troisième mandat. Cette initiative divise profondément la société congolaise et rappelle des crises similaires dans d'autres pays africains, où des tentatives de modification constitutionnelle pour prolonger un mandat ont souvent entraîné des violences. L'opposition accuse Tshisekedi de reproduire les erreurs de son prédécesseur, Joseph Kabila, qu'il avait lui-même critiqué pour ses velléités de troisième mandat.
Parallèlement à la crise politique, la RDC fait face à une épidémie d'Ebola dans l'est du pays, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri. Le 15 septembre 2026, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié l'épidémie de massive et en progression exponentielle, bien que des signes d'amélioration soient observés en Ituri. Les experts estiment que le pic épidémique est désormais dépassé dans certaines zones, mais l'OMS reste prudente pour le Nord-Kivu. Cette crise sanitaire s'ajoute aux défis sécuritaires posés par le groupe rebelle M23-AFC, qui contrôle une partie de l'est du pays. Ces deux crises aggravent la situation sociale et politique déjà tendue.
Les tensions entre le pouvoir et l'opposition en RDC risquent d'intensifier les violences et de creuser les divisions au sein de la société. Les manifestations et les contre-manifestations, souvent réprimées par les forces de l'ordre, menacent la paix sociale. L'opposition accuse Tshisekedi de sacrifier la stabilité du pays pour conserver le pouvoir, tandis que le gouvernement justifie ses actions par la nécessité de maintenir l'ordre. Le dialogue politique, censé apaiser les tensions, est également compromis par des polémiques autour des exclusions et des réajustements opérés par le président. La situation pourrait encore s'aggraver à l'approche de la fin du second mandat de Tshisekedi en 2028.
Le cas de Félix Tshisekedi interroge sur l'éthique politique de nombreux dirigeants africains, qui promettent souvent des réformes et des améliorations une fois au pouvoir, mais qui, une fois installés, cherchent à se maintenir au pouvoir le plus longtemps possible. Cette tendance à ignorer les limites constitutionnelles pour prolonger un mandat est un phénomène récurrent sur le continent, comme l'ont montré des crises similaires au Burkina Faso, en Mauritanie ou au Sénégal. En RDC, cette situation est d'autant plus préoccupante que le pays est déjà fragilisé par des crises sanitaires, sécuritaires et politiques, ce qui rend toute escalade des tensions particulièrement dangereuse.

