Un phénomène étrange apparaît autour des éoliennes en mer et inquiète les marins
Aux abords des parcs offshore, des capitaines signalent une visibilité plus imprévisible. Des chercheurs observent, eux, que les turbines peuvent modifier les mouvements de l'air et, dans certaines conditions, favoriser… ou au contraire dissiper le brouillard..
Les marins observent un phénomène météorologique inhabituel autour des parcs éoliens en mer du Nord. Il s’agit de la formation d’un brouillard dense et persistant, surnommé fog bank, qui apparaît lorsque les éoliennes sont en fonctionnement. Ce brouillard se distingue des brumes naturelles par sa concentration et sa durée, pouvant s’étendre sur plusieurs heures, voire plusieurs jours. Les conditions nécessaires à son apparition combinent un vent modéré, une humidité élevée de l’air et une différence de température entre l’eau et l’atmosphère. Les éoliennes, en brassant l’air avec leurs pales, accélèrent ce processus en refroidissant localement l’air ambiant et en favorisant la condensation de la vapeur d’eau présente dans l’atmosphère.
Le phénomène est lié à un mécanisme physique appelé effet de sillage ou wake effect en anglais. Les éoliennes, en tournant, créent des tourbillons d’air qui abaissent la température de l’air environnant de quelques dixièmes de degré. Cette baisse de température, même minime, suffit à faire condenser la vapeur d’eau présente dans l’air humide de la mer du Nord, où l’humidité relative dépasse souvent 80 %. Les scientifiques estiment que ce refroidissement local peut atteindre 1 à 2 °C dans la zone immédiate des éoliennes. Ce processus est d’autant plus marqué que l’air est déjà proche de la saturation en humidité, ce qui explique pourquoi le phénomène n’apparaît pas systématiquement.
Le brouillard généré par les éoliennes pose des défis majeurs pour la navigation maritime. Les marins rapportent une réduction de la visibilité à moins de 500 mètres, ce qui complique considérablement la manœuvre des navires, notamment dans des zones déjà congestionnées comme la mer du Nord. Les autorités maritimes, comme la Maritime and Coastguard Agency (MCA) britannique, ont émis des alertes pour signaler ce risque accru de collisions ou d’échouages. Les parcs éoliens offshore, comme ceux du Royaume-Uni ou des Pays-Bas, couvrent désormais des surfaces équivalentes à des villes entières, ce qui augmente la probabilité de croisements avec des routes maritimes fréquentées. Les systèmes de navigation électronique, bien que sophistiqués, ne compensent pas totalement la perte de visibilité.
Les chercheurs en météorologie et en énergies renouvelables tentent de comprendre l’ampleur et les conséquences de ce phénomène. Une étude publiée en 2023 par l’Université de Wageningen aux Pays-Bas a confirmé que les parcs éoliens offshore pouvaient modifier localement les conditions météorologiques. Les scientifiques soulignent que ces modifications restent limitées à une zone de quelques kilomètres autour des éoliennes et ne remettent pas en cause l’intérêt global des énergies renouvelables. Cependant, ils appellent à une surveillance accrue pour évaluer d’éventuels effets à long terme, comme des changements dans les courants marins ou la formation de nouvelles zones de brouillard en aval des parcs.
Face à ce problème, plusieurs pistes sont explorées pour limiter l’impact du brouillard. Les constructeurs d’éoliennes, comme *Siemens Gamesa* ou *Vestas*, travaillent sur des modèles de pales optimisées pour réduire les tourbillons d’air. Une autre solution consiste à adapter les horaires de fonctionnement des éoliennes en période de forte humidité, bien que cette approche soit difficile à mettre en œuvre à grande échelle. Les autorités maritimes pourraient aussi intégrer ces nouveaux risques dans les cartes de navigation et les systèmes d’alerte, en collaboration avec les gestionnaires des parcs éoliens. Enfin, des recherches sont en cours pour développer des modèles prédictifs permettant d’anticiper l’apparition de ces brouillards artificiels.

