Tarifs : les clients d’ici ont-ils encore soif d’alcools américains?
L’absence des produits américains sur les tablettes a été profitable aux distillateurs québécois..
En février 2025, les provinces canadiennes, dont le Québec, ont retiré les alcools américains des tablettes des magasins d'alcool, y compris ceux de la Société des alcools du Québec (SAQ). Cette décision fait suite à l'annonce de tarifs douaniers de 50% imposés par les États-Unis sur les produits canadiens, une mesure prise par l'administration de Donald Trump en juillet 2025. Les provinces ont agi pour protester contre ces tarifs, qualifiés de scandaleux par le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick. Cette absence a profité aux distillateurs locaux, comme la distillerie Cherry River à Magog, qui a pu occuper davantage d'espace sur les tablettes et séduire de nouveaux consommateurs. Les produits québécois ont ainsi gagné en visibilité et en parts de marché pendant cette période.
Le retour des alcools américains sur les tablettes dépend désormais des négociations entre le Canada et les États-Unis pour éviter l'application des tarifs douaniers. Le premier ministre Mark Carney, en collaboration avec les premiers ministres provinciaux, tente d'obtenir un accord avec Washington. L'une des demandes américaines est le retour des alcools américains sur les tablettes canadiennes. Cependant, aucune décision officielle n'a encore été prise au 20 août 2026. Christine Fréchette, ministre québécoise, a indiqué avoir obtenu certaines réponses de Mark Carney, mais sans préciser si le retour des alcools américains était acté. La SAQ, société d'État gérant les ventes d'alcool au Québec, attend des directives claires du gouvernement avant d'agir.
Le retour des alcools américains pourrait réduire l'espace occupé par les produits locaux sur les tablettes de la SAQ. Francis Delage, fondateur de la distillerie Cherry River, reconnaît que cette situation représente un défi, mais il reste optimiste : il estime que les consommateurs ayant découvert les produits québécois pourraient conserver leurs habitudes d'achat. Samuel Gaudette, cofondateur de la Distillerie Comont, propose quant à lui de développer d'autres canaux de vente pour les produits locaux, comme le commerce interprovincial. Il souligne que les consommateurs sont toujours à la recherche de nouveautés, ce qui pourrait favoriser les alcools québécois malgré le retour des produits américains.
Le boycottage des alcools américains par les Canadiens a été largement soutenu par la population. Jacques Nantel, professeur émérite à HEC Montréal, estime que ce mouvement pourrait persister pendant deux à quatre ans après la levée des tarifs douaniers. Même si certains consommateurs pourraient être tentés de retrouver leurs boissons préférées, beaucoup continueront probablement à éviter les produits américains par principe. Nantel ajoute que les grandes marques américaines, comme Jack Daniel's, pourraient tenter de reconquérir leur part de marché en proposant des promotions agressives dès leur retour sur les tablettes.
Le retrait des alcools américains du marché canadien a eu un impact économique majeur pour les États-Unis. Selon le *Wall Street Journal*, les exportations de spiritueux américains vers le Canada ont chuté de 70% entre mars et décembre 2025, passant de 203 millions de dollars en 2024 à 60 millions de dollars en 2025. Les ventes de vin américain ont également reculé de 77%, passant de 460 millions de dollars en 2024 à 103 millions de dollars en 2025. Ces chiffres illustrent l'ampleur des pertes subies par l'industrie américaine de l'alcool, notamment pour des entreprises comme Brown-Forman, fabricant de marques emblématiques comme Jack Daniel's, dont les ventes ont baissé de 60% en 2025. Ces pertes ont poussé les États-Unis à faire du retour des alcools américains une priorité dans leurs négociations commerciales avec le Canada.

