Zimbabwe, Venezuela
Une banque centrale a un pouvoir de seigneuriage, hérité du Moyen Âge. Elle peut créer de façon illimitée de la monnaie.
Une banque centrale possède un privilège historique appelé seigneuriage, qui lui permet de créer de la monnaie de façon illimitée. Ce terme désigne la différence entre la valeur de la monnaie émise (comme l’or autrefois) et son coût de fabrication, ainsi que les intérêts perçus. Par exemple, une banque centrale peut financer ses dépenses en imprimant simplement des billets. Ce pouvoir repose sur le fait qu’elle est la seule institution autorisée à émettre la monnaie nationale, comme l’euro pour la Banque centrale européenne (BCE). Cependant, ce pouvoir n’est pas absolu : il dépend de la confiance accordée à cette monnaie et de la capacité à la faire accepter dans les échanges internationaux.
Les réserves de change, comme les dollars ou les euros détenus par une banque centrale, jouent un rôle clé pour éviter l’insolvabilité. Ces réserves permettent à la banque centrale d’intervenir sur les marchés financiers, de payer des importations essentielles ou de rembourser des dettes libellées en devises étrangères. Par exemple, en 2024, la Banque centrale des Philippines disposait de 106 milliards de dollars (92,54 milliards d’euros) de réserves. Sans ces réserves, une banque centrale ne peut plus garantir la stabilité de sa monnaie ni financer les besoins vitaux du pays, comme l’importation de pétrole ou de médicaments.
Une banque centrale n’est pas une entreprise classique. Contrairement à une banque privée, elle ne peut pas être liquidée ou faire faillite au sens juridique du terme. Même si ses capitaux propres deviennent négatifs, elle peut continuer à fonctionner et à mener sa politique monétaire. Son objectif principal est la stabilité des prix, et non la recherche de profits. Par exemple, elle peut accumuler des pertes importantes sans être contrainte de cesser ses activités, tant qu’elle reste capable de remplir ses missions comme le refinancement des banques ou la gestion des réserves.
Une banque centrale peut devenir insolvable si ses engagements (dettes envers les banques, le Trésor ou d’autres institutions) dépassent la valeur de ses actifs (réserves, titres de dette, etc.). On parle alors d’insolvabilité technique lorsqu’elle ne peut plus couvrir ses dettes, même si elle continue d’opérer. Un défaut opérationnel survient quand elle ne peut plus remplir ses fonctions essentielles, comme stabiliser le taux de change ou payer ses créanciers étrangers. Ces situations se produisent lorsque les réserves de change sont épuisées ou que la monnaie nationale perd toute crédibilité, comme ce fut le cas au Sri Lanka en 2022.
Dans les années 2000, la Banque centrale du Zimbabwe a financé massivement le déficit public en imprimant des dollars zimbabwéens, ce qui a provoqué une hyperinflation record. En novembre 2008, le taux d’inflation mensuel a atteint 79,6 milliards de pourcents, soit un doublement des prix toutes les 24 heures. En 2009, le pays a abandonné sa monnaie nationale et adopté le dollar américain, privant sa banque centrale de tout pouvoir monétaire autonome. En 2019, le dollar zimbabwéen a été réintroduit, mais la faiblesse des réserves de change et le financement des déficits publics ont entraîné une nouvelle dépréciation de la monnaie et une dollarisation de l’économie.
Au Venezuela, depuis les années 2010, la Banque centrale a financé des déficits publics chroniques en imprimant des bolivars, la monnaie nationale, ce qui a provoqué l’effondrement de sa valeur et une hyperinflation. La chute des revenus pétroliers et une gestion budgétaire déséquilibrée ont aggravé la crise. Plus de 90 % des transactions sont désormais réalisées en dollars américains, en raison de la perte de crédibilité du bolivar. Les sanctions internationales ont gelé une partie des réserves en or et en devises, limitant encore davantage la capacité de la banque centrale à agir. Cette situation illustre comment une dollarisation de fait peut rendre une banque centrale inefficace.
Dans les années 1980, la Banque centrale des Philippines est devenue insolvable en finançant des programmes de crédit subventionnés, en sauvant des banques en difficulté et en accordant des garanties de change coûteuses. Ces interventions ont généré des pertes représentant plus de 24 % du PIB entre 1982 et 1985. En 1993, le législateur a créé une nouvelle banque centrale, la Bangko Sentral ng Pilipinas, dotée d’une autonomie renforcée et d’un bilan assaini. Cette réforme a permis de restaurer la crédibilité de l’institution et sa capacité à mener une politique monétaire stable, montrant qu’une insolvabilité peut être surmontée par des changements structurels.
Les banques centrales des économies émergentes sont particulièrement vulnérables lorsque leurs engagements sont libellés en devises étrangères, comme le dollar ou l’euro. Sans réserves de change suffisantes, elles ne peuvent plus honorer leurs dettes ou stabiliser leur monnaie. Par exemple, le Pakistan a des engagements en dollars ou en yuans, ce qui limite sa marge de manœuvre. En Maurice, une économie petite et ouverte, les chocs extérieurs peuvent rapidement épuiser les réserves. Ces situations montrent que la dépendance à une monnaie étrangère, comme le dollar, peut rendre une banque centrale vulnérable, même si elle conserve théoriquement le pouvoir de créer sa propre monnaie.

