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Généraliste

Difficile de retenir les jeunes infirmières au sein de la profession

Le Devoir · mis à jour il y a 21 j

37% des infirmières de moins de 35 ans ne renouvellent pas leur permis au Québec, note l’Institut économique de Montréal..

Taux de départ des jeunes infirmières

Au Canada, une étude de l’Institut économique de Montréal (IEDM) révèle que pour 100 infirmières de moins de 35 ans inscrites à exercer en 2024, 34 n’ont pas renouvelé leur permis d’exercice. Cela signifie que près d’une jeune infirmière sur trois quitte la profession dès la première année ou après quelques années. Ces données proviennent de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), qui compile les inscriptions et les renouvellements auprès des organismes de réglementation du personnel infirmier dans les provinces et territoires. L’IEDM souligne que ces chiffres sont préoccupants, car ils reflètent une difficulté à retenir les jeunes infirmières dans le système de santé. Gabriel Giguère, analyste en politiques publiques à l’IEDM et coauteur du rapport, qualifie la situation de « message très clair » sur la mauvaise capacité de rétention des jeunes infirmières.

Comparaison provinciale

Les données montrent des différences marquées entre les provinces canadiennes. En 2024, le Québec affiche le taux de départ des jeunes infirmières le plus élevé, avec 37 départs pour 100 entrées, soit une amélioration de seulement 2 % par rapport à 2023. À l’inverse, l’Ontario a connu une baisse de 17 % de ce taux, et la moyenne canadienne (hors territoires) s’établit à une diminution de 12 %. Gabriel Giguère de l’IEDM précise que le Québec est la province où l’amélioration est la plus faible, ce qui est d’autant plus inquiétant dans un contexte de vieillissement de la population. En effet, un taux de départ élevé aggrave les pénuries de personnel soignant, alors que la demande en soins augmente avec le vieillissement des patients.

Rôle des agences de placement

L’IEDM attribue en partie la stagnation des départs au Québec à l’adoption du projet de loi 10, qui a progressivement réduit, puis interdit, le recours aux agences de placement privées d’infirmières. Ces agences offraient une flexibilité appréciée des jeunes infirmières, notamment pour gérer des horaires difficiles comme les quarts de nuit ou les postes peu attractifs, souvent attribués par ancienneté. Gabriel Giguère explique que ces contraintes rendent la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale très complexe. Les agences permettaient aux infirmières de choisir des horaires plus adaptés à leurs besoins, favorisant ainsi leur rétention dans la profession. L’IEDM recommande donc d’abolir les restrictions imposées par le projet de loi 10 pour rétablir cette flexibilité.

Exemple de la Colombie-Britannique

La Colombie-Britannique est citée comme un modèle à suivre par l’IEDM. En 2024, cette province affichait le taux de départ des jeunes infirmières le plus bas du Canada, avec une amélioration spectaculaire de 53 % sur 10 ans. Elle a mis en place des bassins d’échange de quarts de travail, un système permettant aux infirmières d’échanger leurs horaires sans l’autorisation de l’administration. Cette flexibilité est particulièrement utile pour les jeunes infirmières, qui ont souvent moins accès aux bons horaires en raison de l’ancienneté. Gabriel Giguère souligne que cette dynamique pourrait inspirer le Québec pour améliorer la rétention des jeunes professionnelles.

Ce que ça pourrait changer

À l’échelle nationale, la proportion des infirmières de moins de 35 ans est passée de 27,7 % en 2014 à plus de 30 % en 2017, et se maintient entre 30 % et 31 % depuis. Cependant, le nombre de postes à pourvoir a connu une baisse significative, passant de 41 000 en 2023 à 27 000 en 2025. Bien que cette réduction soit perçue comme une bonne nouvelle à court terme, Gabriel Giguère nuance en rappelant que la trajectoire sur 10 ans reste préoccupante : en 2016, seulement 9 000 postes étaient à pourvoir, soit trois fois moins qu’en 2025. Cette évolution reflète à la fois une amélioration de la situation et des défis persistants dans la gestion des ressources humaines en santé.

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