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Environnement

Du maïs à la place de la lavande ? Un immense projet d'irrigation divise la Provence

Reporterre · mis à jour il y a 17 j

Adaptation climatique ou coup de pouce à l'agriculture intensive ? Un immense projet d'irrigation divise la Provence Lire la suite - Reportage / Agriculture , Eau.

Un projet d'irrigation controversé

En Provence, un vaste projet d'irrigation suscite des tensions entre partisans et opposants. Porté par la Compagnie d'aménagement régional Provence-Alpes-Côte d'Azur (CARPA), ce projet vise à transformer des terres actuellement dédiées à la culture de la lavande en champs de maïs. La CARPA est un établissement public chargé de gérer les ressources en eau et les infrastructures hydrauliques dans la région. Le projet prévoit l'extension de 10 000 hectares de surfaces irriguées, principalement dans les départements des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse. Les partisans y voient une solution pour sécuriser l'approvisionnement alimentaire et soutenir l'agriculture locale, tandis que les détracteurs dénoncent une menace pour les écosystèmes et les cultures traditionnelles de la région.

Des enjeux économiques et écologiques

Le projet s'inscrit dans un contexte de changement climatique, où la Provence subit des sécheresses de plus en plus fréquentes. Le maïs, une culture gourmande en eau, nécessite environ 6 000 à 8 000 m³ d'eau par hectare et par an, contre seulement 2 000 à 3 000 m³ pour la lavande. Les opposants, parmi lesquels des associations environnementales comme France Nature Environnement (FNE) et des agriculteurs locaux, craignent que cette irrigation intensive n'épuise les ressources en eau déjà fragilisées. Ils soulignent aussi que la lavande, emblématique de la région, est une culture extensive et peu consommatrice d'eau, adaptée au climat méditerranéen. Le projet pourrait, selon eux, aggraver la désertification des sols et la baisse des nappes phréatiques.

Des acteurs aux positions opposées

Le projet est soutenu par la CARPA et certains syndicats agricoles, comme la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), qui y voient une opportunité pour moderniser l'agriculture provençale et répondre à la demande croissante en céréales. À l'inverse, des collectifs citoyens, des écologistes et des apiculteurs locaux s'y opposent fermement. Parmi eux, l'association Les Amis de la Terre dénonce un projet « déconnecté des réalités environnementales » et plaide pour une transition vers des cultures plus résilientes face au réchauffement climatique. Les débats sont vifs, notamment dans les communes concernées, où les avis sont partagés entre ceux qui espèrent des retombées économiques et ceux qui redoutent une dégradation de leur cadre de vie.

Des alternatives envisagées ?

Face aux critiques, des pistes alternatives émergent pour concilier agriculture et préservation des ressources. Certains proposent de développer des cultures moins gourmandes en eau, comme le sorgho ou les légumineuses, ou d'adopter des techniques d'irrigation plus économes, comme le goutte-à-goutte. D'autres suggèrent de limiter l'extension des surfaces irriguées ou de privilégier des projets de réutilisation des eaux usées traitées, une solution déjà expérimentée dans d'autres régions. Cependant, ces alternatives peinent à faire consensus, notamment en raison de leur coût ou de leur faisabilité technique. Le débat reste ouvert, avec des arguments techniques, économiques et éthiques qui s'affrontent.

Ce que ça pourrait changer

Le projet d'irrigation divise profondément la Provence, où l'agriculture et le tourisme, deux piliers économiques, sont en tension. Alors que la région mise sur son patrimoine naturel et ses paysages emblématiques pour attirer les visiteurs, certains craignent que la transformation des terres en champs de maïs ne dénature le territoire. Par ailleurs, les projections climatiques annoncent une aggravation des pénuries d'eau d'ici 2050, ce qui rend le débat encore plus urgent. La décision finale reviendra aux autorités locales et nationales, mais elle devra arbitrer entre des impératifs économiques et la nécessité de préserver un environnement déjà fragilisé. Le choix fait aujourd'hui pourrait façonner le visage de la Provence de demain.

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