En gagnant les usines sud-coréennes, l’IA bouleverse l’emploi industriel
L’intelligence artificielle s’installe rapidement dans les usines sud-coréennes, entraînant suppressions de postes, réduction des embauches, surveillance des travailleurs. Les syndicats réclament davantage de protection..
En Corée du Sud, l’intelligence artificielle (IA) gagne du terrain dans les usines, transformant profondément le secteur industriel. Selon une enquête de la Fédération des entreprises coréennes, plus de 80 % des grandes entreprises manufacturières sud-coréennes ont déjà adopté l’IA ou prévoient de le faire, et 47 % l’utilisent déjà dans leurs processus de production. Cette technologie, appelée IA physique, désigne des systèmes automatisés capables d’effectuer des tâches concrètes, comme assembler des pièces ou surveiller des machines, sans intervention humaine directe. Le pays, connu pour ses géants industriels comme Hyundai Motor, accélère cette transition pour améliorer l’efficacité et réduire les coûts. Cependant, cette adoption rapide soulève des questions sur l’avenir des emplois dans un secteur traditionnellement très dépendant de la main-d’œuvre.
L’adoption de l’IA dans les usines sud-coréennes entraîne des suppressions d’emplois et une réduction des embauches. Par exemple, chez Hyundai Motor, 24 travailleurs sont menacés de perdre leur poste, selon Kim Mi-ok, représentante d’un syndicat de métallurgistes. Dans une usine d’Ulsan, la production de roues et de pneus va être entièrement automatisée, entraînant la résiliation des contrats des sous-traitants locaux. À Daejeon, une entreprise de fabrication de pièces automobiles ne remplace plus les départs de salariés, laissant progressivement la place à des robots. Près de la moitié des travailleurs interrogés déclarent que l’IA est déjà présente ou en cours d’introduction sur leur lieu de travail, confirmant une tendance généralisée à la substitution de l’humain par des machines.
L’introduction de l’IA dans les usines ne se limite pas à l’automatisation des tâches. Elle s’accompagne également d’une surveillance accrue des travailleurs. Les syndicats, comme celui des métallurgistes coréens, dénoncent cette évolution, soulignant que les entreprises cherchent à réduire les effectifs en utilisant des robots à moindre coût. Les salariés expriment des inquiétudes face à cette transformation, notamment sur la perte de leur emploi et l’augmentation de la pression liée à la performance. Les syndicats réclament davantage de protections pour les travailleurs, mais les entreprises justifient ces changements par la nécessité de rester compétitives dans un marché mondial de plus en plus automatisé.
Face à cette mutation, les réactions sont contrastées. Les entreprises sud-coréennes, comme Hyundai Motor, mettent en avant les gains de productivité et la réduction des coûts liés à l’automatisation. Cependant, les syndicats et une partie des travailleurs s’alarment des conséquences sociales, notamment la précarisation de l’emploi industriel. Le gouvernement sud-coréen, bien que favorable à l’innovation technologique, est interpellé par les revendications syndicales pour encadrer cette transition. L’enjeu est de trouver un équilibre entre modernisation industrielle et protection des emplois, dans un pays où l’industrie manufacturière reste un pilier économique majeur.

