À Bruxelles, les Européens à couteaux tirés sur l’immigration
L’épisode de Ceuta a été longuement évoqué, avant de donner lieu à des échanges très crus..
Fin juillet 2021, une crise migratoire majeure a éclaté dans l’enclave espagnole de Ceuta, située au nord du Maroc. Des dizaines de milliers de personnes, principalement des migrants originaires d’Afrique subsaharienne, sont entrées en force dans ce territoire espagnol. Cet événement a provoqué des tensions vives entre l’Espagne et d’autres pays européens comme l’Italie ou le Danemark. La crise a mis en lumière les faiblesses de la coopération européenne sur les questions d’immigration, révélant des désaccords profonds entre les États membres sur la manière de gérer ces flux migratoires. Depuis cet épisode, les dirigeants européens tentent de trouver des solutions communes, mais avec des résultats limités.
Lors d’un sommet européen organisé à Bruxelles le 24 septembre 2021, les 27 dirigeants de l’Union européenne (UE) ont débattu de plusieurs sujets, dont l’immigration. Les échanges ont été marqués par des tensions fortes entre deux groupes de pays. D’un côté, l’Espagne, dirigée par le premier ministre Pedro Sánchez, défend une politique d’ouverture et a mis en place un programme de régularisation des sans-papiers. De l’autre, des pays comme l’Italie ou le Danemark, représentés respectivement par Giorgia Meloni et Mette Frederiksen, prônent une ligne migratoire très stricte. Cette opposition a donné lieu à des discussions très directes, voire brutales, lors de la réunion.
La première ministre danoise Mette Frederiksen a tenu des propos perçus comme très durs sur l’immigration. Elle a notamment regretté que des zones d’Europe ne soient pas sûres, une déclaration qui a choqué plusieurs participants. Bien qu’elle ne soit pas nommée directement, sa critique a été interprétée comme une attaque contre les politiques migratoires de certains pays, dont l’Espagne. Le président français Emmanuel Macron a critiqué un « mauvais débat », très politisé, qui divise les dirigeants européens. Il a souligné que ces divisions mènent à des solutions inefficaces, car chaque pays agit alors de manière isolée plutôt que collective.
Depuis plusieurs mois, l’Union européenne a adopté une approche plus restrictive en matière d’immigration. Une des mesures phares autorise désormais les États membres à renvoyer des demandeurs d’asile déboutés dans des centres situés en dehors des frontières de l’UE, appelés hubs de retour. Plusieurs pays, dont le Danemark et l’Allemagne, poussent activement pour la mise en place de ces centres. Parmi les pays envisagés pour accueillir ces hubs, on trouve le Rwanda, l’Ouganda, le Ghana et l’Ouzbékistan. Cependant, la France doute de l’efficacité de cette solution. L’objectif est de réduire les arrivées de migrants en Europe en externalisant une partie du traitement des demandes d’asile.
Les tensions autour de l’immigration reflètent des clivages profonds entre les pays européens. Certains, comme l’Espagne, privilégient une approche humanitaire et solidaire, tandis que d’autres, comme l’Italie ou le Danemark, optent pour une politique sécuritaire et restrictive. Ces divergences compliquent la recherche de solutions communes, alors que l’Europe fait face à des défis migratoires persistants. Les prochains mois seront cruciaux pour déterminer si les États membres parviendront à surmonter leurs différences et à adopter une politique migratoire cohérente et efficace.

