Le Royaume-Uni, le Japon et l’Italie peuvent-ils réussir leur avion de combat de sixième génération là où la France et ses partenaires ont échoué ?
L’ESSENTIEL Après l’échec de la tentative franco-germano-espagnole, le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon s’unissent pour développer un avion de combat de sixième génération Les trois partenaires disposent des compétences technologiques nécessaires. Mais ils doivent encore démontrer leur capacité à maîtriser les coûts et à produire l’appareil en série.
Le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon collaborent depuis 2022 pour développer un avion de combat de sixième génération, nommé Tempest au Royaume-Uni. Ce programme, appelé Global Combat Air Programme (GCAP), vise à remplacer leurs flottes actuelles d’Eurofighter Typhoon et à renforcer leur autonomie militaire face à des adversaires comme la Chine ou la Russie. Contrairement à un projet concurrent, le Future Combat Air System (FCAS), mené par la France, l’Allemagne et l’Espagne, le GCAP mise sur une coentreprise industrielle, Edgewing, où chaque pays détient 33,3 % du capital sans leader désigné. L’objectif est de produire un appareil opérationnel d’ici 2035, capable de s’intégrer dans des missions de l’OTAN ou de défendre des zones maritimes étendues, comme celles du Japon.
Un avion de combat de sixième génération, comme le Tempest, se distingue des modèles précédents par sa capacité à fonctionner comme un système de systèmes. Il intègre des dizaines de capteurs qui collectent des données en temps réel, fusionnées avec celles des satellites, des navires ou des stations au sol pour aider le pilote. L’appareil pourra aussi contrôler des drones, appelés loyal wingmen (« ailiers fidèles »), qui assisteront les missions en protégeant l’avion principal ou en effectuant des tâches dangereuses. La furtivité, technologie déjà présente sur les avions de cinquième génération comme le F-35, reste cruciale pour éviter la détection par les radars. Enfin, l’intelligence artificielle jouera un rôle clé dans l’analyse des données et la prise de décision.
Les trois partenaires du GCAP disposent des compétences nécessaires pour construire un tel avion. Le Japon a fait voler en 2016 le X-2, un démonstrateur furtif, prouvant son expertise en matériaux absorbant les ondes radar et en poussée vectorielle (technologie permettant de diriger l’avion en modifiant l’orientation des gaz d’échappement). Le Royaume-Uni a développé le drone Taranis en 2013, validant ses technologies de furtivité et de systèmes autonomes. L’Italie et le Japon produisent aussi des composants du F-35, un avion de cinquième génération, ce qui leur donne une expérience précieuse pour assembler le Tempest. Cependant, l’intégration de toutes ces technologies dans un seul appareil reste un défi majeur.
Contrairement au FCAS, où les désaccords industriels (notamment entre Dassault et Airbus) ont bloqué le projet, le GCAP a adopté une structure équilibrée. La coentreprise Edgewing, créée en 2024, répartit équitablement le capital entre les trois pays, sans désigner de leader unique. Chaque partenaire conserve la liberté de développer ou modifier les technologies du programme, une différence majeure avec le F-35, dont les évolutions restent sous contrôle américain. Cette organisation pourrait éviter les blocages liés aux questions de leadership ou de propriété intellectuelle, mais elle n’élimine pas tous les risques, notamment ceux liés aux coûts ou à la production en série.
Le GCAP a reçu un financement de 4,6 milliards de livres sterling (environ 5,4 milliards d’euros) en juillet 2026 pour sa phase de conception, mais le coût total du programme reste inconnu. Ni le prix unitaire de chaque avion ni le nombre d’appareils commandés par le Royaume-Uni n’ont été précisés. Historiquement, les programmes multinationaux d’avions de combat sous-estiment souvent leurs coûts : par exemple, le F-35 a dépassé son budget initial de plusieurs dizaines de milliards de dollars. Un autre défi sera la production en série, qui nécessite une chaîne industrielle stable et des investissements durables. Enfin, la formation des pilotes sera cruciale : ils devront non seulement maîtriser le Tempest, mais aussi diriger des drones loyal wingmen, ce qui demande des mois de formation théorique et pratique.
Le GCAP s’inscrit dans un contexte de tensions accrues en Europe et en Asie. L’hésitation de l’administration Trump à soutenir l’OTAN a poussé certains pays européens à réduire leur dépendance aux équipements militaires américains, comme le F-35. Le *Tempest* pourrait ainsi devenir un symbole de souveraineté industrielle pour le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon. Par ailleurs, la Chine et la Russie développent leurs propres avions de sixième génération, ce qui ajoute une urgence stratégique à ce projet. Cependant, le succès du GCAP dépendra de la capacité des trois pays à surmonter les défis techniques, financiers et organisationnels d’ici 2035.

