Après les pillages du 17 octobre, ces traces invisibles que recherchent les enquêteurs dans les magasins
Un cambrioleur ganté ne laisse presque rien sur les surfaces. Mais il laisse des cellules dans l’air de la pièce.
Lors des pillages du 17 octobre, les enquêteurs se heurtent à un problème classique : les cambrioleurs, souvent gantés et rapides, laissent peu de traces physiques sur les surfaces touchées. Les méthodes traditionnelles d’écouvillonnage (prélèvements sur les objets) reviennent souvent vides, car les objets manipulés brièvement ne conservent que très peu d’indices exploitables. C’est pourquoi les scientifiques explorent une piste innovante : l’analyse de l’air ambiant des lieux pillés. En effet, une personne qui respire dans une pièce libère en permanence des cellules de peau, invisibles à l’œil nu mais détectables par des techniques scientifiques. Cette approche pourrait révolutionner les enquêtes en permettant de retrouver la trace génétique des intrus, même dans des conditions où les méthodes classiques échouent.
Une équipe internationale de chercheurs, incluant Chiara Fantinato et Peter Gill de l’hôpital universitaire d’Oslo, a mené une expérience pour tester cette hypothèse. Ils ont organisé des faux cambriolages dans 22 logements : des volontaires y sont entrés, y sont restés 15 minutes, puis sont partis. Trente minutes plus tard, un appareil a aspiré l’air de chaque pièce à travers un filtre, afin de récupérer d’éventuelles particules de peau ou de salive en suspension. Les chercheurs ont ensuite comparé les profils génétiques obtenus avec ceux des résidents et des intrus. Dans un laboratoire, l’air a permis d’identifier l’intrus dans 82 % des cas. Ce résultat montre que l’air peut être un vecteur d’information génétique puissant, surtout dans des situations où les surfaces ont été peu touchées.
Malgré ces résultats prometteurs, la méthode présente des limites majeures. Dans un second laboratoire, l’identification de l’intrus n’a réussi que dans 36 % des cas, soit moins d’une fois sur trois. Plusieurs facteurs expliquent cet écart : la température, l’humidité, la présence de poussière ou d’ADN résidentiel déjà présent, ainsi que les habitudes de ménage des occupants. Ces variables rendent la récupération de l’ADN de l’intrus aléatoire. Par ailleurs, la technique a été testée dans des conditions idéales, avec un prélèvement effectué 30 minutes après l’intrusion. Or, dans un magasin pillé, l’ADN de l’intrus pourrait avoir disparu ou être dilué après plusieurs heures, voire le lendemain, surtout si d’autres personnes (pompiers, policiers, commerçants) ont ensuite circulé dans les lieux.
Les chercheurs soulignent que leur travail est une preuve de concept, et non une technique opérationnelle. Pour qu’elle soit utilisable en enquête, trois améliorations sont nécessaires. D’abord, des procédures de prélèvement standardisées doivent être établies, afin de garantir des résultats reproductibles. Ensuite, des règles d’interprétation communes doivent être définies pour éviter les erreurs d’analyse. Enfin, des essais doivent être menés sur des délais plus longs, afin de vérifier si l’ADN de l’intrus persiste suffisamment longtemps dans l’air pour être détecté. Sans ces avancées, la méthode ne pourra pas servir de preuve solide dans un procès.
Même si la technique n’est pas encore prête pour les enquêtes, elle offre déjà un avantage concret aux enquêteurs. En combinant l’analyse de l’air avec celle des surfaces et de la poussière, il est possible de reconstituer l’historique des personnes ayant fréquenté un lieu, y compris des visiteurs anciens. Par exemple, si un suspect affirme n’avoir jamais mis les pieds dans un magasin pillé, la présence de son ADN dans l’air ou sur les surfaces peut contredire sa version. Cette méthode ne permet pas d’identifier directement un auteur, mais elle aide à vérifier ou invalider des témoignages, ce qui peut s’avérer crucial dans une enquête.

