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Généraliste

Un livre de Marie-Victorin dédicacé à sa confidente mis aux enchères

Le Devoir · mis à jour il y a 1 j

L’ouvrage signé il y a près d’un siècle témoigne d’une relation longtemps tenue secrète..

Livre rare aux enchères

Un exemplaire de la première édition des Croquis laurentiens, publié en 1920 par le frère Marie-Victorin, est actuellement proposé aux enchères par La Maison des encans. Ce livre, illustré par Edmond-J. Massicotte, se distingue par une dédicace manuscrite adressée à Marcelle Gauvreau, une botaniste qui deviendra sa confidente, sa compagne intellectuelle et, selon les archives, son amoureuse. La dédicace, située sur la page de faux-titre, porte l'inscription suivante : « Hommage à Mademoiselle Marcelle Gauvreau, de ce petit bréviaire des belles choses de notre Laurentie, frère Marie-Victorin ». Le terme Laurentie désignait autrefois le pays des rives du fleuve Saint-Laurent, dont les contours flous ont progressivement rejoint ceux du Québec actuel. Ce livre, bien qu'il s'agisse d'une première édition, dépasse la simple valeur d'un ouvrage ancien grâce à cette dédicace personnelle et intime.

Une relation secrète

La correspondance entre Marcelle Gauvreau et le frère Marie-Victorin, rendue publique après leur mort, révèle une relation à la fois amoureuse et intellectuelle, longtemps restée secrète. Cette correspondance, qui s'étend des années 1930 à la mort accidentelle du botaniste en 1944, a été publiée en plusieurs volumes. En 2018, les Lettres biologiques de Marie-Victorin ont été éditées par Yves Gingras, tandis qu'en 2019, les Lettres au frère Marie-Victorin de Marcelle Gauvreau ont vu le jour. En 2024, un recueil intitulé Lettres sur la sexualité humaine a regroupé ces échanges. Leur relation a également inspiré un film, Dis-moi pourquoi ces choses sont si belles, réalisé par Lyne Charlebois en 2024, avec Alexandre Goyette dans le rôle de Marie-Victorin et Mylène Mackay dans celui de Marcelle Gauvreau. Kevin Le Myre, adjoint à La Maison des encans, a décrit avoir été profondément ému en découvrant ce livre, soulignant que c'était l'une des pièces les plus remarquables vendues en dix ans de carrière.

Collaboration et dédicace

Mathieu-Robert Sauvé, biographe du frère Marie-Victorin, précise que les dédicaces de ce dernier ne sont pas rares, mais que celle-ci revêt un caractère exceptionnel. Avant de devenir des amants, Marcelle Gauvreau et Marie-Victorin étaient avant tout des collaborateurs. Gauvreau, rencontrée lors d'une exposition scientifique, a abandonné ses projets personnels pour travailler aux côtés du botaniste. Elle a joué un rôle clé dans la révision et la correction de la Flore laurentienne, un ouvrage majeur du frère Marie-Victorin. Bien que les dédicaces manuscrites ne soient pas inhabituelles, celle-ci se distingue par le lien profond entre les deux protagonistes et son caractère intime. La valeur de ce livre ne réside donc pas uniquement dans son édition originale, mais aussi dans le contexte humain et scientifique qui l'entoure.

Ce que ça pourrait changer

Au moment de la rédaction de l'article, les enchères en ligne pour ce livre dédicacé avaient atteint 620 $. La vente devait être finalisée le mercredi 14 octobre 2026. Ce montant reflète l'intérêt croissant pour les ouvrages du frère Marie-Victorin, comme en témoignent d'autres ventes récentes. En mai 2026, une vente aux enchères organisée autour des collections de la Congrégation Notre-Dame a vu une première édition de la *Flore laurentienne*, ouvrage phare du botaniste, s'envoler à 1 390 $, tandis qu'un exemplaire des *Récits laurentiens* atteignait 2 060 $. Ces prix sont exceptionnels comparés à ceux habituellement obtenus pour ces ouvrages emblématiques. Par exemple, en août 2026, une deuxième édition de la *Flore laurentienne* s'était vendue 150 $, hors frais. Ces données illustrent l'engouement pour les documents liés à l'histoire intellectuelle et scientifique du Québec.

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