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Généraliste

Réalité et fantasmes électoraux au temps de l’IA

Le Devoir · mis à jour 24 sept.

L’enjeu n’est pas tant l’agent conversationnel que la disposition d’une personne à converser avec lui..

L'IA et les élections

L’article aborde la question de l’influence de l’intelligence artificielle (IA) sur les élections, en particulier au Québec. L’auteur, Fenwick McKelvey, professeur à l’Université Concordia, souligne que malgré l’attention médiatique portée à l’IA, celle-ci n’aura probablement pas d’impact majeur sur les résultats électoraux. Un code de conduite encadre déjà son utilisation dans les campagnes politiques québécoises. L’auteur explique que l’enjeu n’est pas tant la technologie elle-même que la disposition des électeurs à interagir avec elle. Les médias et le public ont tendance à surestimer le pouvoir de l’IA, ce qui reflète un imaginaire informatique de la politique : une vision où les systèmes politiques sont perçus comme des systèmes informatiques. Cette perception conduit souvent à accorder un rôle excessif aux experts en technologie dans l’analyse politique.

Manipulation électorale

L’auteur discute de la croyance selon laquelle l’IA pourrait manipuler l’électorat. Des expériences en laboratoire ont montré que des agents conversationnels (programmes capables de dialoguer avec des humains) peuvent influencer les opinions, mais seulement si les participants choisissent activement d’engager la conversation. En réalité, la majorité des électeurs ignorent ou rejettent les tentatives de persuasion, ce qui limite l’impact réel de l’IA. L’auteur met en garde contre les prédictions médiatiques exagérées, qui amplifient l’idée que l’IA pourrait transformer le cours des élections. Il propose plutôt de recentrer le débat sur des questions plus pertinentes, comme la manière dont l’IA imite les comportements humains et la fidélité de ses simulations par rapport à la réalité.

Modélisation de l'électorat

L’article explique que l’IA est parfois présentée comme un substitut à l’électorat, permettant aux partis politiques d’évaluer l’opinion publique sans consulter directement les citoyens. Des entreprises comme Aaru prétendent utiliser l’IA pour reproduire les opinions politiques à partir de données de sondage ou de modèles conçus sur mesure. L’auteur rappelle que cette idée n’est pas nouvelle : depuis des décennies, des tentatives de modélisation du comportement électoral existent, utilisant des données, des mathématiques et la cybernétique (une science étudiant les systèmes de contrôle et de communication). Cependant, ces modèles comportent des limites. Les ordinateurs et les humains n’agissent pas de la même manière : les ordinateurs sont plus rapides et plus prévisibles, mais cette simplification peut conduire à projeter sur l’électorat des comportements qu’il n’adopte pas réellement.

Risques des simulations

L’auteur souligne que les simulations informatiques, bien que utiles, comportent des risques. Avec l’augmentation de la taille et de la complexité des modèles, il devient difficile de s’assurer qu’ils restent fidèles à la réalité qu’ils prétendent représenter. Ce concept est appelé adressabilité : la capacité d’un modèle à correspondre au système réel. Plus les capacités de calcul augmentent, plus les modèles risquent de s’éloigner de la réalité, car ils évoluent de manière autonome. Les modélisateurs doivent donc trouver un équilibre pour éviter de se perdre dans des univers virtuels déconnectés du monde réel. Aucune solution technique ne peut garantir une correspondance parfaite entre un modèle et la réalité, ce qui pose des défis politiques majeurs.

Ce que ça pourrait changer

L’article met en garde contre les illusions politiques que l’IA peut nourrir, tant par son fonctionnement que par la manière dont elle déforme notre compréhension de la politique. L’auteur explique que l’IA peut renforcer l’idée que le comportement électoral est prévisible et automatisable, alors qu’en réalité, les humains conservent un *libre arbitre politique* (la capacité de faire des choix indépendants). Les modèles informatiques, en simplifiant la complexité humaine, peuvent donner l’illusion d’une maîtrise totale des comportements électoraux. L’auteur propose des questions concrètes pour évaluer les effets réels de l’IA, comme : *De quelles façons l’IA imite-t-elle les comportements humains, et en quoi ses approches diffèrent-elles ?* ou *Dans quelle mesure ces simulations restent-elles fidèles aux réalités qu’elles cherchent à modéliser ?* Ces questions aident à tempérer l’idée, largement répandue, que l’IA serait le principal moteur du changement politique.

Sujets complémentaires

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