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Généraliste

Pourquoi Donald Trump s’acharne-t-il sur Bombardier ?

Le Devoir · mis à jour 8 sept.

Le président veut interdire la vente de ces avions aux États-Unis. Que cela signifie-t-il pour le fleuron québécois ?.

Menaces de Trump

Donald Trump a publié un message sur Truth Social, un réseau social, lundi, accusant Bombardier de vendre des avions de qualité insuffisante et menaçant d'interdire leur vente aux États-Unis. Il a également affirmé que le Canada avait bloqué la certification d'avions de l'entreprise américaine Gulfstream, une affirmation contestée par des experts. John Gradek, spécialiste en aviation et professeur à l'Université McGill, précise que les avions de Bombardier ne présentent aucun problème de fiabilité ou de sécurité. Concernant Gulfstream, il explique que le Canada avait initialement refusé la certification en raison d'une exception technique sur l'acheminement du kérosène, mais a finalement cédé sous la pression américaine. La certification a été accordée en mars 2025.

Cible symbolique

Selon Ari Van Assche, codirecteur de l'Institut international de diplomatie économique à HEC Montréal, Bombardier est ciblé par Donald Trump non seulement pour des raisons économiques, mais aussi pour son importance symbolique au Québec. Trump chercherait à créer des tensions politiques en visant une entreprise emblématique, comme Bombardier, qui pourrait diviser l'alliance entre la première ministre Fréchette et Mark Carney. Cette stratégie s'inscrit dans un contexte de guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis, où chaque pays tente d'identifier des cibles pour maximiser l'impact économique ou politique. Bombardier n'est pas une cible nouvelle pour Trump, qui l'avait déjà attaqué lors de son premier mandat en imposant des tarifs douaniers de près de 300 % sur ses avions, suite à une plainte de Boeing pour concurrence déloyale.

Entreprise nord-américaine

Donald Trump reproche à Bombardier de dépendre des acheteurs et des infrastructures américaines, exigeant que l'entreprise construise ses avions aux États-Unis. Cependant, John Gradek souligne que Bombardier est une entreprise pleinement nord-américaine, avec des installations dans 47 des 50 États américains. L'avionneur emploie plus de travailleurs aux États-Unis qu'au Canada et dépense chaque année plus de 2,5 milliards de dollars auprès de 2 800 fournisseurs américains. Par exemple, les ailes de son dernier modèle, le Global 8000, sont fabriquées au Texas et d'autres composants à Los Angeles. Cette dépendance aux États-Unis est confirmée par les chiffres : en 2025, 56 % du chiffre d'affaires de Bombardier, soit environ 5,5 milliards de dollars, provenait des ventes aux États-Unis.

Réactions américaines

Les déclarations de Donald Trump ont suscité des réactions vives aux États-Unis, y compris dans son propre camp politique. Ron Estes, représentant républicain du Kansas où Bombardier emploie plus de 1 200 personnes, a défendu l'avionneur sur le réseau X, soulignant sa contribution à la chaîne d'approvisionnement américaine. De même, le sénateur Roger Marshall a exprimé son soutien à Bombardier et a partagé ses préoccupations avec la Maison-Blanche. Le syndicat IAM, qui représente 600 000 membres et est le plus grand syndicat aérospatial d'Amérique du Nord, a également condamné les restrictions proposées. Ces réactions illustrent l'importance économique de Bombardier pour plusieurs États américains.

Ce que ça pourrait changer

Bien que Donald Trump ne puisse pas interdire officiellement la vente d'avions Bombardier aux États-Unis, car ceux-ci sont déjà certifiés, ses déclarations pourraient dissuader des acheteurs potentiels. John Gradek estime que cette stratégie vise à convaincre des milliardaires ou des compagnies aériennes de ne pas choisir Bombardier. En 2025, les États-Unis représentaient 56 % du chiffre d'affaires de l'entreprise, soit environ 5,5 milliards de dollars. Une interdiction aurait donc un impact significatif. Pour limiter les risques, Bombardier pourrait chercher à diversifier ses clients, notamment au Moyen-Orient, au Japon ou en Chine, où la demande pour ce type d'appareils est forte. Les investisseurs ont déjà réagi négativement : le titre de Bombardier a perdu près de 7 % à l'ouverture des marchés, avant de légèrement se reprendre.

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