La Chine affirme extraire de l'uranium de l'eau de mer pour alimenter ses futurs réacteurs nucléaires
Une cage moléculaire chinoise capte l'uranium de l'eau de mer en laboratoire. Elle atteint 50,4 milligrammes par gramme, huit fois la référence américaine, avec un équilibre obtenu en cinq minutes..
La Chine affirme avoir développé une technologie permettant d'extraire de l'uranium directement de l'eau de mer. Cette avancée, annoncée en 2026, vise à sécuriser l'approvisionnement en uranium pour les futurs réacteurs nucléaires du pays. L'eau de mer contient en effet de très faibles concentrations d'uranium, estimées à environ 3 milligrammes par mètre cube, mais les océans en renferment des quantités colossales, estimées à 4,5 milliards de tonnes au total. Cette méthode pourrait révolutionner l'industrie nucléaire en réduisant la dépendance aux mines terrestres, souvent coûteuses et géopolitiquement sensibles. Les scientifiques chinois ont mis au point des matériaux adsorbants spécifiques, capables de capter sélectivement l'uranium dissous dans l'eau. Cette technique, encore expérimentale, pourrait devenir économiquement viable à grande échelle d'ici quelques décennies.
L'extraction d'uranium de l'eau de mer représente un enjeu majeur pour la Chine, qui cherche à diversifier ses sources d'approvisionnement en combustible nucléaire. Actuellement, le pays importe près de 80 % de son uranium, principalement du Kazakhstan, du Canada et de l'Australie. Avec une demande énergétique en forte croissance, la Chine mise sur le nucléaire pour réduire ses émissions de CO₂, tout en limitant sa dépendance aux énergies fossiles. Les réacteurs nucléaires nécessitent de l'uranium enrichi pour fonctionner. L'extraction marine pourrait ainsi garantir une source quasi inépuisable, bien que la concentration extrêmement faible impose des défis techniques et économiques. Les chercheurs estiment que cette technologie pourrait devenir compétitive si les coûts d'extraction descendent sous les 300 dollars par kilogramme d'uranium, un seuil encore loin d'être atteint en 2026.
Malgré l'annonce chinoise, la faisabilité industrielle de cette méthode reste incertaine. Les matériaux adsorbants utilisés doivent être à la fois performants, durables et peu coûteux pour être viables à grande échelle. Les essais en laboratoire et en milieu marin ont montré des rendements prometteurs, mais les défis logistiques et environnementaux sont nombreux. Par exemple, l'extraction doit être réalisée sans perturber les écosystèmes marins, et les matériaux doivent résister à la corrosion et aux variations de salinité. Les scientifiques soulignent également la nécessité de développer des procédés de récupération de l'uranium une fois capté, ainsi que des méthodes pour recycler les adsorbants. À ce stade, les coûts énergétiques et financiers restent élevés, limitant une adoption immédiate.
Si la Chine parvient à industrialiser cette technologie, elle pourrait bouleverser les équilibres du marché de l'uranium. Les pays dépendants des exportations, comme l'Australie ou le Kazakhstan, pourraient voir leur influence diminuer, tandis que les nations disposant de côtes étendues gagneraient en autonomie énergétique. La Chine, déjà leader dans la production de panneaux solaires et d'éoliennes, renforcerait sa position dans le secteur des énergies bas-carbone. Sur le plan économique, une baisse des prix de l'uranium pourrait accélérer le déploiement de réacteurs nucléaires dans le monde, notamment dans les pays en développement. Cependant, cette avancée soulève aussi des questions sur la sécurité des approvisionnements et la gestion des déchets radioactifs, déjà au cœur des débats sur l'énergie nucléaire.
Cette annonce s'inscrit dans le cadre du plan quinquennal chinois visant à augmenter la part du nucléaire dans son mix énergétique, passant de 5 % aujourd'hui à 10 % d'ici 2035. La Chine prévoit de construire 150 nouveaux réacteurs d'ici 2035, ce qui nécessitera des quantités massives de combustible. L'extraction marine d'uranium pourrait compléter les autres sources, comme le recyclage du combustible usé ou l'importation. Cependant, les experts restent prudents : même si la technologie est maîtrisée, son déploiement à grande échelle prendra plusieurs décennies. En attendant, la Chine continue d'investir massivement dans la recherche et le développement pour surmonter les obstacles techniques et économiques, tout en explorant d'autres innovations dans le domaine de l'énergie nucléaire.

