Pétrole : TotalEnergies signe un accord secret avec le Venezuela
L’entreprise française a dépêché son patron, Patrick Pouyanné, à la rencontre de la présidente du Venezuela et le président du PDVSA, la compagnie nationale Petróleos de Venezuela..
En 2021, TotalEnergies avait quitté le Venezuela en raison de risques politiques, financiers et logistiques trop élevés. Le pays était alors considéré comme un marché instable et peu rentable. Cependant, cinq ans plus tard, la situation a évolué et la multinationale française a décidé de revenir sur place. Son PDG, Patrick Pouyanné, s’est rendu au Venezuela pour rencontrer la présidente par intérim, Delcy Rodriguez, ainsi que Héctor Obregon, président de PDVSA, la compagnie pétrolière nationale. Ensemble, ils ont signé un accord secret dont les détails ne sont pas encore publics. Cette volte-face s’explique par des changements majeurs dans le paysage géopolitique et économique mondial.
Le pétrole produit au Venezuela est un pétrole extra-lourd, très visqueux et chargé en soufre et en métaux lourds. Contrairement au Brent (un pétrole léger et facile à raffiner), ce type de pétrole nécessite des traitements spécifiques avant d’être utilisable. Il doit notamment être mélangé avec des naphtes (des hydrocarbures plus légers) pour faciliter son transport et son raffinage. Les infrastructures vénézuéliennes, négligées pendant des années en raison de crises économiques et politiques, sont aujourd’hui vieillissantes. Cela rend l’exploitation encore plus coûteuse et complexe. Pourtant, malgré ces défis, le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde, avec plus de 300 milliards de barils, ce qui en fait un enjeu stratégique pour les compagnies pétrolières.
Plusieurs facteurs ont poussé TotalEnergies à reconsidérer sa position. D’abord, la guerre en Iran a perturbé les approvisionnements en pétrole au Moyen-Orient, une région clé pour les exportations mondiales. Ensuite, les États-Unis ont renforcé leur influence au Venezuela après la capture de l’ancien président Nicolás Maduro, ce qui a ouvert la voie à une stabilisation partielle du secteur pétrolier. Les Américains ont déjà signé des accords avec Chevron pour augmenter la production vénézuélienne, passant de 250 000 à 600 000 barils par jour. Un consortium, le NABEP (North American Blue Energy Partners), a même obtenu un bail de 100 ans pour exploiter 17 gisements contenant 65 milliards de barils. Ces évolutions ont convaincu TotalEnergies que le jeu en valait la chandelle, malgré les risques persistants.
En France, les prix des carburants atteignent des niveaux records : 2,41 € en moyenne pour un litre de diesel et 2,17 € pour un litre de SP95-E10, selon des données de l’AFP recueillies en septembre 2026. Le SP98 dépasse quant à lui 2,28 €. Cette flambée des prix s’explique en partie par les tensions sur les marchés pétroliers, notamment en raison des conflits au Moyen-Orient et des sanctions internationales. Dans ce contexte, les pays cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement, même si cela implique de s’engager dans des projets coûteux ou risqués. Le Venezuela, malgré ses défis, représente une alternative attrayante pour TotalEnergies, qui craint de perdre un avantage concurrentiel face à ses rivaux.
L’accord signé entre TotalEnergies et PDVSA reste très discret. L’entreprise française se limite à évoquer une rencontre entre Patrick Pouyanné et les autorités vénézuéliennes pour discuter de *plusieurs domaines de coopération*. Les détails concrets, comme les volumes de production envisagés ou les investissements prévus, ne sont pas divulgués. Pourtant, cette collaboration pourrait marquer un tournant pour TotalEnergies, qui cherche à sécuriser ses approvisionnements face à la volatilité des marchés. Elle s’inscrit aussi dans une stratégie plus large, où les géants pétroliers rivalisent pour exploiter les ressources du Venezuela, un pays qui détient un potentiel énergétique colossal mais encore largement inexploité.

