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Géopolitique

La France et l’Allemagne veulent donner à l’Union le pouvoir de fermer son marché

Le Grand Continent · mis à jour 5 oct.

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Proposition franco-allemande

Le 5 octobre 2026, le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz ont adressé une lettre à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, accompagnée d’un document non contraignant de quatre pages appelé non-paper. Ce type de document est utilisé par les deux pays pour proposer des idées ou influencer l’agenda de l’Union européenne sans engager officiellement leurs gouvernements. Cette initiative s’inscrit dans la continuité des discussions tenues lors du Conseil européen des 18 et 19 juin 2026, ainsi que lors du Conseil des ministres franco-allemand du 17 juillet 2026, en vue du prochain Conseil européen d’octobre 2026. Les deux dirigeants décrivent un « choc industriel massif » affectant des secteurs clés de l’économie européenne, comme la pharmacie, l’automobile, l’aérospatiale, la machine-outil et la chimie.

Mécanisme de protection

La France et l’Allemagne proposent la création d’un mécanisme de réponse systémique pour protéger le marché unique européen. Ce mécanisme permettrait à l’Union européenne de bloquer immédiatement l’accès au marché de tout pays tiers qui tenterait de fausser les conditions de concurrence, par exemple en subventionnant massivement ses entreprises ou en manipulant sa monnaie. Contrairement aux règles actuelles, ce mécanisme ne nécessiterait pas l’accord des États membres pour être activé. Il fonctionnerait selon une majorité qualifiée inversée : la proposition de la Commission serait adoptée automatiquement, sauf si une majorité qualifiée des États membres s’y oppose. L’objectif est de rendre l’Union plus réactive face aux distorsions de concurrence, qu’elles proviennent d’un produit isolé ou d’un secteur entier.

Renforcement des outils existants

Avant la mise en place de ce nouveau mécanisme, Paris et Berlin demandent à la Commission européenne d’utiliser plus activement les outils déjà disponibles. Ils souhaitent que la Commission lance davantage d’enquêtes de sa propre initiative, sans attendre une plainte des États membres, et qu’elle examine des secteurs entiers plutôt que des catégories de produits isolés. Ils proposent également de déroger à la règle de la norme juridique la plus faible lorsque les intérêts de l’Union le justifient. Cette règle signifie que, dans un conflit commercial, l’Union applique généralement la réglementation la moins contraignante parmi celles des pays concernés. Les deux pays demandent aussi des restrictions d’accès au marché unique pour les produits non conformes aux normes européennes, notamment en raison des flux massifs de petits colis importés.

Loi sur l'accélération

La France et l’Allemagne appellent à l’adoption d’une loi sur l’accélération industrielle et à une préférence européenne ciblée dans les secteurs stratégiques d’ici la fin 2026. Ces mesures visent à renforcer la résilience industrielle de l’Union face à la concurrence internationale. La préférence européenne signifie que les marchés publics et les subventions devraient privilégier les entreprises établies dans l’Union, afin de soutenir leur compétitivité. Les secteurs concernés incluent notamment l’automobile, la pharmacie, l’aérospatiale et la chimie, qui sont au cœur du modèle économique européen. L’objectif est de réduire la dépendance de l’Union aux importations et de protéger ses industries contre les pratiques déloyales.

Dialogue sur les taux de change

Les deux pays demandent à l’Eurogroupe (qui rassemble les ministres des Finances des États membres de la zone euro), à la Banque centrale européenne (BCE) et à la Commission européenne de relancer le dialogue sur les taux de change, un sujet qui n’a pas progressé depuis des années. Les taux de change influencent directement la compétitivité des entreprises européennes, car une monnaie sous-évaluée (comme le yuan chinois) rend les exportations d’un pays plus attractives. Ce dialogue vise à coordonner les politiques économiques et monétaires pour limiter les distorsions de concurrence liées aux manipulations de devises.

Diagnostic implicite

Bien que les documents franco-allemands ne mentionnent pas explicitement la Chine, le diagnostic pointe clairement vers son économie. Les termes utilisés incluent des surcapacités structurelles à l’échelle mondiale, des subventions excessives et généralisées, une manipulation monétaire et des flux massifs de petits colis non conformes aux normes européennes. Selon Pascal Lamy, ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, l’Union européenne a enregistré en 2025 un déficit commercial d’un milliard d’euros par jour avec la Chine. Les entreprises chinoises reçoivent entre trois et huit fois plus de soutien public que leurs concurrentes des pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Le yuan chinois serait sous-évalué de 16 à 30 %, et la consommation privée ne représenterait que 40 % du PIB chinois, contre 53 % dans l’Union européenne et 68 % aux États-Unis.

Ce que ça pourrait changer

Du 8 au 10 octobre 2026, Maroš Šefčovič, commissaire européen au Commerce et à la Sécurité économique, coprésidera à Pékin un groupe de travail avec son homologue chinois Wang Wentao. L’objectif est de trouver des solutions concrètes à trois problèmes majeurs : les hausses soudaines des exportations chinoises dans des secteurs industriels clés, les obstacles à l’exportation de produits européens vers la Chine, et les restrictions chinoises à l’exportation de *terres rares* (minerais essentiels pour les technologies vertes et les industries high-tech). La Commission européenne a prévenu qu’en l’absence de *résultats tangibles*, elle mettrait en œuvre ses instruments de défense commerciale, comme des droits de douane ou des quotas. Les résultats de ces négociations seront présentés au Conseil européen des 15 et 16 octobre 2026.

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